26 mai.(1933)
Vogel, dans le procès en diffamation qu’il intentait à Gringoire, obtient gain de cause. Mais Gringoire s’y prend de manière à faire croire à son public tout le contraire. L’accusation d’être « un agent des Soviets » n’ayant pas été retenue comme injurieuse, il la réitère. Le directeur, n’ayant pas été considéré comme responsable de l’article infamant, se pare de sa non-culpabilité (ayant bien soin de taire que le rédacteur de l’article est condamné) ; s’étonne que Vogel n’ aille pas en appel – « dont acte » — sans dire que Vogel n’ a point à le faire puisqu’il a obtenu satisfaction. Et Gringoire, tenu de publier le jugement de la XIIe chambre, l’insère en tel endroit et de telle manière que son public ne puisse le lire qu’ à grand’peine, et demeure convaincu de la culpabilité de Vogel. On ne peut rêver plus désinvolte escamotage de la justice.
Certains, à qui j’en parle, m’affirment qu’il en va toujours ainsi, et « qu’il n’y a pas lieu de s’indigner ».André Gide – journal
Mardi 26 mai,(1942) 9 heures et demie du matin.
J’ai marché le long du quai, dans un vent tiède et rafraîchissant tout ensemble. Nous sommes passés devant des seringas, de petites roses et des sentinelles allemandes. Nous avons parlé de notre avenir : après tout nous avions bien envie de rester ensemble. Je suis totalement incapable de décrire la journée d’hier. En rentrant chez moi le soir, dans la nuit tiède, à la fois légère et alourdie d’avoir bu tout ce chianti blanc, j’ai retrouvé soudain, fugitivement, la certitude qui, en ce moment précis où je tiens un stylo, a de nouveau totalement disparu : un jour je serai écrivain. Les longues nuits que je passerai à écrire, ce seront mes plus belles nuits. Alors tout jaillira de moi, s’écoulera de moi en un flux ininterrompu et sans fin, tout cela qu’aujourd’hui j’emmagasine en moi.
[…]
On a parfois le plus grand mal à concevoir et à admettre, mon Dieu, tout ce que tes créatures terrestres s’infligent les unes aux autres en ces temps déchaînés. Mais je ne m’enferme pas pour autant dans ma chambre, mon Dieu, je continue à tout regarder en face, je ne me sauve devant rien, je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j’essaie toujours de retrouver la trace de l’homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes. Je ne reste pas ici. dans une chambre paisible et fleurie, à me gaver de poètes et de penseurs et à louer Dieu, je n’y aurais pas grand mérite, et je ne crois pas non plus être aussi étrangère au monde que mes bons amis se plaisent à le répéter d’un air attendri. […]
Etty Hillesum – Une vie bouleversée
26 mai 2026
S'accrocher à la fraîcheur... une vieille fraîcheur enfermée... retenue prisonnière... dans laquelle il est encore possible de bouger sans fondre... La température, elle aussi, a ses sautes d'humeur... aussi dangereuses que celles de Trump...
C.D - journal de mes petits riens

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