1er juin 1933
Visite de Bradley, qui comprend beaucoup de choses, et qui dit des choses intéressantes. Il sait qu’un artiste doit être égoïste, inhumain. Dit que Lawrence était faible ; Lawrence fut tué par Frieda parce qu’il était faible – trop humain. Il aurait dû s’en sortir, se sauver. Henry aussi est resté trop longtemps avec June. Et moi je me suis montrée trop humaine avec ma mère et trop humaine avec Hugo.
Tandis que Bradley me parlait, je pensais à mon vieux dilemme, tant de fois ressassé : l’art, le journal, que dire, comment le dire, etc. Bradley me dit : « Ne pensez plus au journal. Contentez-vous d’écrire comme vous me parlez. »
Et c’est vrai qu’il me fait parler! Ses questions sont sans fin.
Son intérêt pour moi et pour mon travail est très vif, et j’en suis touchée. J’aimerais tout retenir. Je me sens fière, timide, comme devant un public. Cela me fait mal au fond de moi de me livrer ainsi, de faire lire mes journaux. Je me sens nue au milieu d’une foule. C’est une torture. Et, tout en parlant, je sens que je me mets à mentir imperceptiblement, afin de me couvrir un peu. J’enfile des costumes. Je déteste me livrer sans fard. Les mensonges me servent d’habits, de petits mensonges, plutôt des déformations, parce que je crains de n’être pas comprise, et j’ai peur de souffrir. Et ensuite, tout ce que je n’ai pas dit, je le mets dans le journal. Cela m’irrite de ne pas être comprise, alors que c’est ma faute. En vérité, je n’offre aux autres que des fragments de moi-même, Henry dispose du plus gros morceau, et Hugh, Allendy, Joaquin, Père. Je trouve toujours le mensonge vital* nécessaire – celui qui me séparera de chacun. Père seul aura-t-il droit au Tout, comme le journal y a droit? Qu’aurais-je à cacher à Père ? Toujours quelque secret, et ce secret crée le journal. C’est alors que William Aspenwall Bradley me prie, au nom du monde entier, de renoncer à tous mes secrets. Avant qu’il n’arrive, j’avais commencé à ouvrir les boîtes en fer dans lesquelles je conserve mes journaux. Impossible d’ouvrir deux d’entre elles. L’une des clés s’est cassée et l’autre tournait à vide. Symboles !Anaïs Nin – journal de l’amour
Ier juin.1918
Je pense parfois, avec horreur, que la victoire que nos cœurs souhaitent à la France, C’est celle du passé sur l’avenir.
A Paris j’ai lu (en partie) l’abominable livre de Douglas : Oscar Wilde et moi. L’hypocrisie ne saurait être poussée plus loin, ni le mensonge avec plus d’impudence.
C’est un monstrueux travestissement de la vérité, qui m’a rempli le cœur de dégoût. Rien qu’au ton de ses phrases, il me semble que je sentirais qu’il ment, alors même que je n’aurais pas été le témoin direct des actes de sa vie contre lesquels il proteste et dont il prétend se blanchir. Mais encore cela ne lui suffit pas. Il prétend qu’il ignorait les mœurs de Wilde ! Et qu’il ne le soutenait d’abord que parce qu’il le croyait innocent. Qui convaincra-t-il ? Je ne sais ; mais j’espère ne pas mourir avant de l’avoir démasqué. Ce livre est une vilenie.André Gide – journal
1er juin 2026
Et c'est parti ... je lance la machine qui me fait commencer un nouveau (dernier?) cycle... j'ai pris les rendez-vous avec agent immobilier, notaire et compagnie... c'est le temps d'un bilan... celui du temps passé ici, dans cet appartement... le temps d'un deuil... le temps de la mise en pages d'un récit qui se termine...
C.D - journal de mes petits riens
