16 mai. (1857)
— Jenny est allée à Paris. Assis à la place du vieux marronnier arraché à l’Ermitage. Mon cher petit Chopin s’élevait beaucoup contre l’école qui fait dériver une partie du charme de la musique de la sonorité. Il parlait en pianiste.
Voltaire définit le beau ce qui doit charmer l’esprit et les sens. Un motif musical peut parler à l’imagination sur un instrument qui n’a qu’une manière de plaire aux sens, mais la réunion de divers instruments ayant une sonorité différente donnera plus de force à la sensation. A quoi
servirait d’employer tantôt la flûte, tantôt la trompette ? La première s’associera à un rendez-vous de deux amants, la seconde au triomphe d’un guerrier ; ainsi de suite. Dans le piano même, pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce n’est pour renforcer l’idée exprimée ? Il faut blâmer la sonorité mise à la place de l’idée, et encore faut-il avouer qu’il y a dans certaines sonorités, indépendamment de l’expression même, un plaisir pour les sens.
Il en est de même pour la peinture : un simple trait exprime moins et plaît moins qu’un dessin qui rend les ombres et les lumières. Ce dernier exprimera moins qu’un tableau : je suppose toujours le tableau amené au degré d’harmonie où le dessin et la couleur se réunissent dans un
effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même temps derrière une tapisserie la fanfare d’une trompette.
[…]Eugène Delacroix – journal
Paris, dimanche 16 mai.(1915)
J’ai rêvé toute la nuit de Rupert Brooke’
Et aujourd’hui, au moment où je suis sortie, voilà qu’il se tenait à la porte, un sac d’alpiniste au dos, l’ombre de son chapeau sur le visage. Alors, après avoir mis ma lettre à la poste, je ne suis pas rentrée. Je suis allée faire une longue promenade nonchalante, à l’amble, le long des quais. Il faisait une chaleur exquise ; des nuages blancs flottaient dans le ciel, comme des draps étendus à sécher. Dans les gros tas de sable, sur le bord du fleuve, des enfants avaient creusé des tunnels et des cavernes. Ils étaient assis dedans, placides et satisfaits ; leurs cheveux luisaient au soleil. Çà et là, un homme gisait à plat ventre, la tête posée sur ses bras. Le fleuve était plein de grandes étoiles d’argent; les arbres frémissaient et miroitaient doucement à la lumière. Je découvris des coins délicieux, de petites places aux blanches maisons carrées. On les aurait dites toutes vides, avec leurs fenêtres ouvertes et béantes. Et puis des rues étroites sous les arceaux des branches de marronnier; ou parfois, complètement désertes avec un clocher d’église surgissant des toits. Le soleil jetait une magie sur toute chose. Je traversais, je retraversais la rivière, je m’accoudais sur les ponts et je croyais tout le temps que nous allions arriver à un parc, alors qu’il n’y en avait pas.
On ne saurait croire quel plaisir mon compagnon invisible, imaginaire, me donnait. S’il eût été vivant, une chose pareille n’aurait jamais été possible; mais c’est un jeu que j’aime à jouer, me promener, causer avec les morts qui sourient, qui sont silencieux et libres, libres entièrement et pour toujours. Quand je vivais seule, il m’arrivait souvent de rentrer chez moi, de mettre ma clef dans la serrure et de trouver quelqu’un qui m’attendait : « Tiens! Y a-t-il longtemps que vous êtes là ? »
Je suppose que tout cela semble parfaitement inepte.Katherine Mansfield –journal
16 mai 2026
Je perds l'habitude de parler... pas d'interlocuteur présent... seulement le téléphone... et c'est pas trop mon truc...
C.D - journal de mes petits riens

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