27 avril. (1953)
Écoutez et taisez-vous, hommes de peu de foi.
Par une certaine soirée d’une certaine année 1953, des tensions extrêmes, un besoin physiologique et une légèreté mentale de libellule se sont alliés pour donner à une Ève mortelle imparfaite une force absolue, le sentiment d’être dans son bon droit, et une détermination farouche, comparables à l’extase du saint affamé dans le désert qui sent sa langue craqueler sous les fraîches gouttes divines, et voit lever les anges verts comme des pousses de pissenlit, prolifiques et infiniment inattendues.Voici les faits : un événement s’est vraiment produit.
Russell Lynes de Harper’s a acheté trois de mes poèmes («Doomsday», «Go Get the Goodly Squab» et «To Eva Descending the Stair») pour cent dollars. Ce qui signifie ?
D’abord une vraie reconnaissance professionnelle, grâce au ciel, avec toutes les possibilités que cela implique — continuer à faire éclater mon esprit et mon vocabulaire, à me déployer sur les plus larges orbites d’une compréhension plus généreuse. Les choses sont arrivées comme des pétards en chaîne, mais pour chaque fait brillant et détonant, il y a forcément une cause et un effet légitimes. Nommée rédactrice en chef de la Smith Review ce matin : la seule fonction dont je rêvais sur le campus. Psychologie : retour à l’équilibre. Perspectives : cours d’été à Harvard, tables festives sous les arbres; New York avec Ray’ (intelligence étincelante et neurologie) cette fin de semaine ; et la prochaine, New Haven avec Mike [Lotz] (soleil, plage, amour solide et vrai).[…]
Sylvia Plath – journaux
27 avril 1915
A Nagy Mihály avec ma sœur !. Je suis incapable de vivre avec les gens, de leur parler. Absolument submergé par moi-même, ne pensant qu’à moi. Apathique, distrait, inquiet. Je n’ ai rien à dire, jamais, à personne. — Train pour Vienne. Le Viennois – long corps, barbe blonde, jambes croisées – qui a une grande expérience des voyages, tranche de tout, lit Az Est; plein d’obligeance et pourtant réticent, comme Elli et moi (pareillement à l’affût de ces sortes de choses) ne manquons pas de le remarquer. Je dis: « Quelle expérience des voyages vous avez!» (il connaît toutes les correspondances dont j’ai besoin, toute-foi, comme il apparaît plus tard, ses renseignements ne sont pas tout à fait exacts ; il connaît toutes les lignes de tramway de Vienne, me donne des conseils sur la manière de téléphoner à Budapest, sait comment est organisé le transport des colis postaux, sait aussi qu’on paie les taxis moins cher quand on prend ses bagages avec soi dans la voiture), il ne répond rien, reste immobile, la tête baissée.
La jeune fille de Zižkov, sentimentale, loquace, elle parvient cependant rarement à se faire écouter; elle est anémique, avec un corps insignifiant qui ne s’est pas développé et ne se développera jamais.[…]
Franz Kafka – journal
27 avril 2026
Le mois d'avril, mois des pollens... l'heure de leur valse dans les rais de soleil... démangeaisons... yeux rouges... nez fontaine... toux qui ponctue toute tentative de parler... le beau temps devient désagréable... et c'est un euphémisme...
C.D - journal de mes petits riens

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