Mardi 9 juin, (1942) 10 heures et demie du soir.
Ce matin au petit déjeuner, des nouvelles plus ou moins détaillées de la situation dans le quartier juif. Huit personnes dans une petite pièce, avec tout le confort qu’on imagine!. Tout cela est encore difficile à envisager, à concevoir, et l’on a peine à croire que de telles scènes se passent à quelques rues d’ici et que c’est le sort qui vous attend. Et ce soir, au cours de la petite promenade qui nous a menés de chez le Suisse végétarien au domicile de S. (dont le géranium pousse comme un buisson), je lui ai demandé tout à trac :
« Dis-moi donc, comment dois-je réagir à la culpabilité qui m’envahit lorsque j’apprends que des gens doivent s’entasser à huit dans un espace minuscule, alors que je dispose pour moi toute seule de cette grande chambre ensoleillée ? » Il m’a lancé alors un regard de côté un peu diabolique et m’a dit: «Il y a deux possibilités : ou bien tu te sens tenue de quitter cette chambre (et il me lançait un regard ironique et inquisiteur qui signifiait : « je te vois déjà partir ! »), ou bien tu te dois de rechercher ce que ta culpabilité cache en réalité. Peut-être le sentiment de ne pas assez travailler ? » A ce moment-là, j’y ai vu soudain plus clair et je lui ai dit: « Oui, vois-tu, dans mon travail je me tiens toujours dans les hautes sphères de l’esprit, et lorsque j’entends parler de situations aussi révoltantes, je me demande sans doute inconsciemment (ou même très consciemment comme en ce moment) : pourrais-je continuer à travailler ainsi, avec autant de conviction et de passion, si je devais partager une chambre crasseuse avec huit autres personnes ? Car cette activité intellectuelle, cette vie intérieure intense, n’ont à mon avis de valeur que si elles peuvent se poursuivre dans toutes les situations, même les plus extrêmes; et si on ne peut les poursuivre en pratique, dans les faits, qu’on le fasse au moins intérieurement, mentalement. Sinon, tout ce que je fais maintenant n’est que luxe intellectuel. […]Etty Hillesum – Une vie bouleversée
Mercredi 9 juin.(1886)
— Visite aujourd’hui de Mme ***, cette jeune fille que j’ai eu la velléité d’épouser, en sortant du collège, et que j’ai rencontrée, une seule fois, dans ma vie, une vingtaine d’années après, dans un petit chemin de Bellevue, un jour que mon frère et moi, nous allions voir Banville, à la maison de santé du docteur Fleury. Elle est
veuve, a une fille de trente ans, qui vient me demander de faire passer dans un journal, une petite nouvelle. Et nous parlons de la maison de la rue Franklin, et de la maison au grand jardin, de l’allée des Veuves, et nous causons des morts et des mortes autour de nous. Quant à mon ancienne adorée, c’est une bien portante bourgeoise, aux yeux noirs d’Espagnole encore pleins de jeunesse, aux dents éclatantes, et portant joyeusement et gaillardement ses années.Edmond de Goncourt – journal
9 juin 2026
Autant j'aurais fait l'éloge de la lenteur du temps où on me demandait de faire vite et bien en permanence, autant maintenant j'aurais plutôt tendance à la dénigrer... maintenant que je ne peux faire que lentement... et approximativement...
C.D - journal de mes petits riens

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