19 ans, 6 mois, 16 jours Lundi de Pâques, 26 avril 1943
Fermantin et deux types sont passés à la maison pour me recruter. Fermantin ignore mon renvoi du bahut, il me croit en vacances. Maman l’accueille joyeusement et l’envoie dans ma chambre.
Dans son uniforme et sous son béret de milicien il a une allure très commedia dell’arte. En pas drôle.
J’étais en train de réviser le concours et, dans un de ces « accès de posture» qui me font sourire chez les autres, j’ai déclaré à mon vieux camarade que je n’entrerais jamais dans la milice, que je considérais même cette proposition comme une insulte. Il s’est retourné vers ses deux comparses je ne les connaissais pas, l’un d’eux était aussi en uniforme) et il a dit : Une insulte ? Mais non, c’est ça, une insulte ! Et il m’a craché au visage.
Fermantin crache sur tout un chacun depuis sa petite enfance. […]Daniel Pennac – journal d’un corps
26 avril 1942.
Pour le moment ce n’est qu’une petite anémone rouge toute fripée. Mais dans des dizaines d’années je la retrouverai entre ces pages ; devenue une vraie matrone, je prendrai entre mes mains la fleur séchée et je dirai avec un brin de nostalgie : « Tiens, c’est l’anémone rouge que j’avais piquée dans mes cheveux pour le cinquante-cinquième anniversaire de l’homme qui fut l’ami le plus grand et le plus inoubliable de ma jeunesse.
La guerre était dans sa troisième année, nous avions mangé des macaronis de marché noir et bu du vrai café en grains, dont Liesl avait fait une véritable orgie. Nous étions tous très gais et nous nous demandions ce qui resterait de la guerre un an après ; j’avais cette anémone rouge dans les cheveux et quelqu’un me dit : « Tu as l’air d’un mélange de Russe et d’Espagnole » et un inconnu, un Suisse blond aux sourcils épais, renchérit : « Une Carmen russe ! » sur quoi je lui demandai de nous dire un poème de Guillaume Tell avec ses « ‘ » roulés si comiquement helvétiques. »[…]
S. a dit : « Il ne faut jamais vouloir aller jusqu’au bout, il faut toujours garder quelque chose pour nourrir l’imagination »
Etty Hillesum – Une vie bouleversée
26 avril 2026
Comment ne pas souffrir à cause de la mise en scène ubuesque des joutes entre gouvernants quand elles nous entrainent vers une réalité faite pour la mort... la mort de ceux qu'ils font tuer... et non la leur... contrairement à ce qu'ils voudraient nous faire croire...
C.D - journal de mes petits riens

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