Brousse. Mercredi 6 mai (1914)
Cette nuit, une étrange, incompréhensible rumeur nous a réveillés; sorti du plus profond sommeil j’ai d’abord cru aux préparatifs de mes voisins qui devaient partir vers 6 heures; mais, regardant ma montre, j’ai constaté qu’il n’était que 3 heures du matin. Non; le bruit venait de dehors ; des gens couraient, poussaient des cris, et à travers ces cris distincts on percevait une
grande clameur continue faite d’une masse d’appels et de lamentations; puis des détonations sourdes, d’autres plus claires, coups de feu d’autant plus inquiétants qu’ils partaient à la fois de différents quartiers de la ville. Un instant j’ai pu croire à une émeute, un massacre (à quoi l’on peut toujours s’attendre dans ce pays), une Saint-Barthélemy d’Arméniens, de Grecs, de Juifs… ou d’étrangers. J’ai couru à ma fenêtre : une grande lueur inégale et rouge éclairait tragiquement les hauts arbres; ces coups de feu étaient un tocsin d’incendie. Le foyer semblait tout proche ; je me suis habillé en hâte. A quelque cent mètres de l’hôtel, c’était une distillerie et un débit de boissons qui brûlaient […]André Gide – journal
dimanche 6 mai 1945
[…]
Je fixe Elvira. Son visage est blême et sa bouche enflée y ressort comme une grosse prune bleue. »Fais-leur voir », dit la maîtresse de maison. sans un mot, la rousse ouvre sa blouse, et nous montre ses seins tout bleuis et couverts de morsures. J’ai peine à l’écrire, la nausée me reprend. Nous lui laissons le restant de vaseline. Que peut-on dire dans un cas pareil ? Nous ne lui avons donc rien dit. Elle s’est mise d’elle-même à parler, on avait peine à la comprendre, tellement ses lèvres étaient gonflées. » Je priais pendant ce temps-là, dit-elle à peu près, je n’ai pas cessé de prier : Mon Dieu, grâce te soit rendue de m’avoir fait soûler. » Car, avant de se mettre en rang et de faire la queue, les gaillards avaient bourré la femme de tout ce qu’ils trouvaient sur les lieux et continuaient à l’abreuver pendant qu’ils y allaient. Et tout ça nous le devons au Führer.
[…]
Une femme à Berlin – journal 20 avril – 22 juin 1945
6 mai 2026
Retour en train en compagnie de Kabuliwalla... dans le livre Kabulilawa , c'est moi d'Atiq Rahimi... il me redonne l'envie de lire et d'écrire...
C.D - journal de mes petits riens

Laisser un commentaire