TREIZE ANS
Mercredi 15 avril ( 1896).
Je suis allée au concours hippique, avec Miss Bruce. Il est sept heures et je suis fatiguée. En parlant, avec Mame et Louise, Maman, tout à l’heure, a encore abordé le sujet brûlant. Elle dit qu’il faut absolument que je travaille, l’année prochaine. Car, vraiment, ce que je fais cette année ou rien, c’est la mêrne chose. Maman a ajouté en plaisantant, que, à dix-huit ans, si j’étais ainsi, je ne trouverai jamais à me marier. Très bien. Oui, Maman chérie, je suis d’accord avec toi pour la première chose. L’année prochaine, je me promets de travailler ferme. Non pour mon futur époux mais pour moi. Car je suis persuadée, et avec raison, j’en suis sûre, qu’une jeune fille ignorante, quoique intelligente, trouvera vingt fois plus d’amateurs (le vilain mot !) qu’une autre jeune fille, qui sera plus savante que son mari. Un exemple? Mlles Pinard, que je connais fort bien, sont des puits de science. À leur age, quinze et seize ans, on n’est d’ordinaire pas plus savant que le premier collégien venu. Eh bien, elles sont très fortes en sciences, mathématiques, astronomie, botanique, minéralogie et surtout en physique ! J’en suis sûre, que quand on leur cherchera un mari, les prétendants reculeront épouvantés à la vue de tout ce savoir. Et puis je me suis aperçue que les hommes n’étaient jamais plus fachés que quand on blessait leur amour-propre. Ils aiment à se voir admirés, à être les plus savants, en un mot, à être supérieurs à nous autres, pauvres femmes. Mais si, dans un ménage, la femme se permet de donner un conseil à son mari, en dehors des choses domestiques, celui-ci se rebute, se fâche. Cest lui qui doit décider de tout, c’est lui qui travaille, qui a le plus exercé son esprit. S’il arrive que la femme est la plus savante, le pauvre amour-propre de l’époux est froissé. Et alors… Oh, alors, ne me demandez pas le reste, je ne suis pas une conteuse de querelles et de dissensions domestiques. – Au contraire, une femme qui se rapportera en tout à son mari, qui lui demandera des conseils, qui l’admirera, qui le priera de lui expliquer telle ou telle chose savante, cette Femme-là sera aimée et heureuse. Car, voyez-vous les hommes sont ainsi. Le tour est de savoir s’y prendre. Et s’il y avait au monde beaucoup de savantes, il y aurait peu de maris. – Pour ma part, je sais bien que, que je sois bête ou ignorante, intelligente ou pédante, il y aura toujours quelqu’un qui m’admirera et m’aimera. Ce quelqu’un a quinze ans, et c’est un ami d’enfance […]Catherine Pozzi – journal de jeunesse
Dimanche, 15 (avril 1906)
Le nombre augmente… des choses que je me permets de penser, que je me permets un peu moins de dire, et que je ne permets aux autres de dire pas du tout. Par exemple : que le commencement de Madame Bovary est fort mal écrit.André Gide – journal
15 avril 2026
Toujours pas envie de lire... pas envie d'écrire... juste rêver de tout ce que je pourrais lire... de tout ce que je pourrais écrire... est-ce cela être vieille ? ... attendons que le mois d'avril - mois de deuil - passe, tout va peut-être revenir...
C.D - journal de mes petits riens

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