2 février.(1931)
Écrit ce matin sans trop de difficulté cette lettre, dont je prends copie, car sa formule pourra me resservir :
« Chère Mademoiselle,
« Non, ne vous excusez pas du temps que vous m’avez pris en me donnant à lire votre charmante lettre.
Mais n’espérez point que je puisse en trouver pour lire vos manuscrits avec l’attention que je ne doute pas qu’ils méritent. Je le prendrais, ce temps, néanmoins et bien volontiers, si je pensais que mes conseils à leur sujet pussent vous être de quelque profit; mais j’ai cessé depuis longtemps de croire à la vertu des conseils autres que ceux que l’on peut se donner soi-même.
« Ceux-ci pourtant, que vous saurez faire jaillir de la phrase de Mme de Sévigné que je cite volontiers aux trop nombreux jeunes gens, et surtout jeunes filles, qui me demandent mon avis :
Quand je n’écoute que moi, je fais des merveilles.
« Veuillez croire, etc. » […]André Gide – journal
Lundi 2 février 1931
Je crois que je vais terminer Les Vagues. Cela pourrait être fini samedi.
Ceci n’est qu’une note d’auteur. Jamais je n’ai appliqué mon esprit aussi étroitement sur un livre. Et la preuve c’est que je suis presque incapable de lire ou d’écrire autre chose. Tout ce que je puis faire, c’est me laisser aller, une fois que la matinée est finie. O Seigneur, quel soulagement quand cette semaine sera terminée et que j’aurai bouclé la boucle, achevé ce long travail, clos cette perspective ! J’estime avoir fait exactement ce que je voulais ; certes, j’ai altéré considérablement mon plan mais j’ai le sentiment d’être parvenue, contre vents et marées, à exprimer certaines choses comme je le désirais. J’imagine que ce « contre vents et marées » est de taille, et que le lecteur tiendra cela pour un échec. Eh bien, tant pis ; c’est un effort courageux. Je trouve que cela valait la peine de lutter.
Oh, et puis la joie d’être libre pour d’autres escarmouches ! Les délices de la paresse sans trop se soucier de ce qui pourrait arriver ; et puis je vais pouvoir lire de nouveau avec toute mon attention, chose qui ne m’est pas arrivée depuis quatre mois. J’aurai mis dix-huit mois à écrire ce livre et nous ne pourrons pas le publier avant l’automne, je pense.Virginia Woolf –journal d’un écrivain
2 février 2026
Le soleil sur la terrasse... le temps qui s'étire à l'aune de l'achèvement des tâches quotidiennes... le plaisir pris à s'éterniser sur le moindre écrit... voilà une semaine qui commence bien...
C.D - journal de mes petits riens

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