QUINZE ANS
Mardi 3 mai [ 1898).
Nietzsche, Nietzsche, Nietzsche !
Quelle révélation ! Un livre sur lui, que j’ai dévoré, a fait tout à coup un grand jour dans mon âme. Un grand jour !
Regardez, regardez ! Je ne suis plus la même… il fait clair dans mon esprit, clair, doux, pur.
Je suis forte. Enfin, enfin, voici la paix !! Ah, Nietzsche ! Il m’a fait voyager à travers le monde, il m’a fait toucher du doigt toutes les misères et toutes les hypocrisies ; il m’a tendu la coupe empoisonnée, j’y ai bu à pleines lèvres…. et je suis guérie. Y a-t-il encore de ces miracles ? Trouver la paix là où tant d’autres trouvent la folie et la mort?
Mais cela est. Maintenant, je suis forte. J’ai d’abord vu la bêtise de toute religion . J’ai vu et compris ces faiblesses. J’ai connu L’absurdité de l’hypothèse d’un Dieu, d’une immortalité de l’âme, d’une âme. Et cette absurdité même m’a guérie. Je n’ai plus pleuré de ne pas croire, car j’ai ri en voyant ceux qui croyaient.
J’ai compris que l’homme n’était rien encore, que sa douleur sera éternelle. J’ai même accepté la souffrance, car elle est nécessaire à ce perpétuel enfantement de la nature qui se détruit elle-même.
Je n’ai plus voulu la mort […]Catherine Pozzi – journal de jeunesse
3 mai 1913
La terrible insécurité de mon existence intérieure.
La manière dont je déboutonne mon gilet pour montrer mon éruption à M. B. Comment je lui fais signe de venir dans une chambre voisine.
Un pieu – on ne sait pas d’où il est venu – a atteint l’époux par derrière, l’a renversé et transpercé. Il gémit, couché sur le sol, la tête levée et les bras étendus. Un peu plus tard, il parvient même à se lever et reste un instant dans un équilibre précaire. Il n’a rien à raconter, sinon qu’il a été atteint, et il montre la direction approximative d’où, selon lui, le pieu est venu. Ces récits toujours pareils commencent à fatiguer l’épouse, d’autant que l’homme désigne sans cesse une nouvelle direction.Franz Kafka – journal
3 mai 2026

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