2 mai. — Ce soir chez l’insipide Païva. Quelle société ! Quelles conversations ! Des jeunes gens avec barbe et sans barbe ; des jeunes premiers de quarante-cinq ans, des barons et des ducs allemands, des journalistes, et tous les jours de nouvelles figures ! Amaury Duval y est venu. Je n’ai commencé à pouvoir ouvrir la bouche qu’avec lui ; j’étais pétrifié de tant d’inutilité et d’insipidité. Le bon X… croit être là en
société. Comme on ne jure que par lui, qu’il fait là un excellent dîner chaque semaine et qu’il y mène sa donzelle, qu’on le consulte même sur les talents du cuisinier, qu’il décide s’il faut le conserver ou le changer, il est là comme autrefois le Mondor de l’ancien régime dans certains salons ; il bâille, il dort pendant qu’on lui parle ; au demeurant, c’est un bon garçon.
En sortant de cette peste assoupissante à onze heures et demie et en respirant l’air de la rue, je me suis cru à un régal ; j’ai marché une heure avec moi-même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit au milieu de tous ces
dilemmes que pose l’existence telle qu’elle est ; celui-ci surtout qui est le fond de tous les raisonnements possibles à cet endroit : solitude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, rage de tous les moments et surtout aspiration à la solitude. Conclusion : rester dans la solitude, sans traverser d’autre épreuve, puisque le vœu suprême est enfin d’être
tranquille, quand la tranquillité devrait être une sorte d’anéantissement.Eugène Delacroix – journal
2 mai 1938
J’ai écrit dix pages d’un trait, que j’ai montrées à Henry.
Grand choc, parce qu’il les a trouvées confuses, fausses, manquant de naturel. Il s’est battu pour imposer son point de vue.
T’ai pleuré et me suis défendue. Il s’y mêlait un facteur personnel, car Henry soupçonne que j’ai réellement vécu toutes les expériences que je raconte, ce que je persiste à nier.
J’ai attribué ma « sainteté » à « Elizabeth », l’inceste à « Miriam », la frigidité et les aventures multiples à « Djuna ». L’analyste est un mélange de Rank et d’Allendy!. Mais Henry a campé sur ses positions.
Je suis profondément perplexe. Au début, Henry et moi avions des opinions diamétralement opposées sur Jouve.
J’écris en ce moment quelque chose qui se rapproche beaucoup du travail de Jouve. Suis-je en train de changer de chemin ? Mais Henry ne se trompe pas quand il se contente de dire : « Ça manque de naturel », car je sais que, dès que je quitte le journal, je perds mon naturel. Ici, je veux entretenir la confusion et la mystification.
Mais je me sens trop émotive, incapable d’écrire ni le roman ni le journal. Je suis bloquée. Pourtant, ce matin, j’ai rassemblé mon énergie et je m’y suis mise – il faut que je continue. Mais toute ma joie, mon exaltation s’étaient évanouies. J’ai peiné – mais j’ai poursuivi. […]Anaïs Nin – journal de l’amour
2 mai 2026
J'adore le spectacle des halls de gare tout autant que celui des aéroports... que de récits s'y croisent... !
C.D - journal de mes petits riens

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