Le Mont-Dore. (Le mercredi/ 25 juin 1919)
Quel trouble m’a pris. Quel délire et quel dédoublement ! Si proche de moi-même et si loin de ce que j’aimais. Cependant me voici dans la peau, dans la nouvelle armure, avec cette gaucherie et cette outrecuidance que donne un vêtement neuf.
ADSUM ! Je vis encore, je vis davantage. Je vis comme je n’ai jamais vécu, me sentant pousser des ailes infernales, plus monstrueuses que mes désirs, plus monstrueuses que mes nuits. Ainsi l’ange damné. Ainsi la malédiction. Ainsi la résurrection.
Petite ville d’eaux faite pour ce spleen d’un Laforgue
– ô Miracle des roses 73 – ô tristesse de ce casino en stuc crème où l’orchestre joue des partitions de 1880 et des valses et des opéras.
Petit parc pelé, semé de boutiques presque foraines qui sentent l’éternel campement de vendeur de fétiches, autour du Sacré-Cœur. Que guérit-on? L’asthme hélas. Et non l’hérésie et non l’amour et non le paradoxe et non le poison.
Je traîne mon jeune visage transi plus romantique qu’un Musset des nuits, mes cheveux que dresse cet ardu vent de montagne – comme l’injonction d’une perpétuelle terreur -, ma canne de jonc fidèle, où Sacha Sforza voulait couper une pipe pour ses lèvres avides et batraciennes et mes petites cravates mauves comme mon cabochon pierre de lune que je porte à l’index, fiançailles voyantes avec Madeleine, la plus infidèle des maîtresses.
Je suis un si drôle de personnage, si drôle de personnage, à la fois si surfait et si enfantin, si périmé et si outrageusement curieux d’avenir, si mort de toutes les morts et si vivant d’une vie qui s’estompe à peine…
à peine…[…]
Mireille Havet – journal
25 juin 1914
Javais marché de long en large dans la chambre depuis le matin très tôt jusqu’à la tombée du crépuscule. La fenêtre était ouverte, c’était une journée chaude. Le bruit de la rue étroite était continuellement poussé de force à l’intérieur. Je connaissais déjà les moindres détails de la chambre pour les avoir examinés au cours de ma ronde.
Mes yeux avaient dépouillé chaque mur. J’avais suivi jusque dans leurs dernières ramifications le dessin du tapis et ses traces de vieillesse. Cette table placée au milieu, je lavais mesurée bien des fois de la largeur de ma main. J’avais déjà grincé des dents à plus d’une reprise devant le portrait du défunt mari de ma logeuse. Vers le soir, je m’approchai de la fenêtre et m’assis sur la barre d’appui placée en contrebas. Là, par hasard, je me pris pour la première fois à regarder tranquillement d’un endroit donné dans l’intérieur de la chambre, et je levai les yeux au plafond. Enfin, enfin, si je ne me trompais pas, cette chambre secouée en tous sens par moi commençait à bouger. Cela commençait sur les bords du plafond blanc garni de fragiles moulures de plâtre. De petits moellons se détachèrent et tombèrent comme par accident sur le plancher, claquant de temps à autre d’un coup sec. J’étendis la main et j’en reçus également plusieurs ; dans l’impatience où j’étais, je les jetai dans la rue, sans même me retourner, par-dessus ma tête. Les cassures du plafond n’avaient pas encore de continuité, on pouvait cependant d’ores et déjà en imaginer une. Mais je laissai ces jeux de côté dès que j’aperçus une tache d’un violet bleuâtre qui commençait à se mélanger au blanc ; elle partait du centre du plafond au-dessous duquel pendait la misérable ampoule électrique et qui, lui, restait blanc, radieusement blanc même. La couleur – ou bien était-ce une lumière – se pressait en vagues incessantes vers le bord qui s’obscurcissait à présent. On ne prêtait plus guère attention à la chute du mortier qui se détachait comme sous la pesée rigoureuse d’un outil. C’est alors que des tons jaunes – jaune d’or – vinrent de tous côtés faire irruption dans le violet. Mais le plafond ne se teinta pas pour autant, […]Franz Kafka – journal
25 juin 2025
Encore deux jours à vivre dans une caverne sans lumière... et les pires... la température atteint un sommet aujourd'hui... un record... j'espère qu'elle est satisfaite et qu'elle ne le remettra pas en jeu...
C.D - journal de mes petits riens

Laisser un commentaire