Mercredi 23 juin (1937)
Cela ne vaut rien d’écrire après la lecture d’Amour pour amour. Un chef-d’œuvre. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point c’était bon. Et quel stimulant que de relire ces chefs-d’œuvre ! Cette langue anglaise dure et superbe. Oui. Il faut toujours tenir les classiques à portée de sa main afin d’éviter le facile. Mais je ne peux pas écrire ce que je sens. Il me faudra le décanter demain dans un article. Mais je ne peux davantage m’appliquer à lire les poésies de la pauvre Rosemary comme je l’aurais voulu ce soir. Comment L. S. a-t-il pu, dans D. N. B., dénier à Congreve le sentiment, la couleur ? Il y en a plus dans cette seule pièce que dans tout Thackeray. Et l’indécence y est souvent une honnêteté. Mais assez. Je suis allée faire des courses (en quête d’éperlans) à Selfridges, hier. Il s’est mis à faire une chaleur de four, et j’étais en noir. Les changements de temps sont étonnants cet été. Souvent on se voit pris dans une tornade, gelé ou rôti. Comme j’arrivais au 522, une longue file de réfugiés, comme une caravane dans le désert, déboucha dans le square ; des Espagnols fuyant Bilbao qui vient de tomber, je suppose. Des larmes me sont montées aux yeux bien que personne n’ait paru surpris. Des enfants marchaient avec eux, des femmes en vestes anglaises bon marché, et coiffées de foulards de couleurs gaies; des jeunes gens ; et tous portant de vieilles valises, des bouilloires en émail bleu vif, pansues, ou des paniers garnis, j’imagine, de cadeaux offerts par quelque œuvre de charité ; une piétinante et traînante procession, fuyant, talonnée par les mitrailleuses des champs de bataille d’Espagne, à travers Tavistock Square, le long de Gordon Square, et de là, vers quoi ?, serrant des bouilloires émaillées. Un étrange spectacle. Ils avançaient sachant où ils allaient.
J’imagine que quelqu’un les guidait. Un gamin bavardait. Les autres semblaient absorbés comme des nomades en caravane. C’est une des raisons, je suppose, pour lesquelles nous ne pouvons plus écrire comme Congreve.Virginia Woolf – journal d’un écrivain
16 ans, 8 mois, 13 jours
Dimanche 23 juin 1940
Nous croisons des gens voûtés, le regard vide, le geste lent. Certains sont tout à fait égarés. Au sens propre. Des réfugiés dépenaillés, pouilleux, mal rasés, qui errent dans les rues d’une ville qu’ils ne connaissent pas. J’ai du mal à concevoir que, le mois dernier encore, ils menaient, à Paris, une vie normale. Des corps à la dérive…Daniel Pennac – journal d’un corps
23 juin 2026
Pensant aller tranquillement chez le dentiste, j'ai fait les 9km qui m'en séparaient en bus ... arrivée en avance, j'ai pris le temps de m'offrir un petit café et alors, je suis allée chez le dentiste à l'heure... sauf que le RDV était une heure avant... j'ai donc fait 9 km en bus pour aller boire un café !...
C.D - journal de mes petits riens

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