22 ans, 6 mois, 28 jours
Mercredi 8 mai 1946
Premier anniversaire de la Victoire. On dirait que tous les maux dont ces mois de combat m’ont préservé se déclenchent d’un coup pour le célébrer : coryza, coliques, insomnies, cauchemars, angoisses, montées de fièvre, troubles de la mémoire (égaré ma montre et mon portefeuille, perdu l’adresse de Fanche, mes cours sur Suétone, tous mes t.p., etc.). Bref, mon corps se déchaîne.
On dirait qu’il renoue d’un seul coup avec celui de l’enfant fébrile que j’étais. (Ce n’est rien, disait Violette, tu as tes nerfs.) Le fait est que ce matin au réveil j’avais les nerfs à vif, le nez pris, les intestins liquides, la gorge serrée et une température à 38,2°. Attraper un rhume sous trois épaisseurs de couvertures et la chiasse après un excellent pot-au-feu, mon corps regimberait-il devant le confort retrouvé ? Pour ce qui est de l’angoisse, deux heures de travail ont suffi à en dissoudre la boule qui obstruait ma gorge; la traduction du bon vieux Pline m’a calmé. En revanche, la dysenterie me laisse sur les genoux et je peux à peine taper dans mon sac. Vive la guerre, condition de la bonne santé? En tout cas, pendant ces deux années où je suis entré dans la danse macabre, le monde a eu ses nerfs à ma place.Daniel Pennac – journal d’un corps
Vendredi 8 mai, (1941)3 heures de l’après-midi, au lit.
Rien à faire, je dois recommencer à m’occuper de moi-même.
Pendant quelques mois, j’ai pu me passer de ce cahier tant la vie en moi était claire, limpide et intense : contact avec le monde intérieur et extérieur, enrichissement, épanouissement de la personnalité ; le contact à Leyde avec les étudiants, Wil, Aimé, Jan ; l’étude ; la Bible, Jung et puis S., encore et toujours S
Mais revoici un temps d’arrêt, de trouble et d’agitation ; ou plutôt non, aucune agitation. je suis trop déprimée pour cela. Simple fatigue physique ? Tout le monde en souffre par ce printemps pourri ; aucun écho en moi pour les choses qui m’entourent.
Mais je sais bien que c’est une étrange liaison refoulée avec S. qui me met dans cet état. Il faudra recommencer à me surveiller à chaque pas.[…]
Etty Hillesum – Une vie bouleversée
8 mai 2026
Depuis deux jours je ne sais plus quel jour nous sommes... les événements s'enchaînent hors d'un temps nommé... ils ne s'en portent pas plus mal... sauf que les oublis se sont multipliés... et je réalise un peu tard qu'aujourd'hui est jour férié... donc chômé pour les médecins, les pharmaciens et autres... pour une fois je suis obligée de procrastiner...
C.D - journal de mes petits riens

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