Jeudi matin, 17 avril. (1958)
Il est temps, presque temps, de me lever, m’habiller, et partir donner mes cours du matin.
Mais quand je me réveille (et la lumière du soleil est éclatante dans notre chambre peu après 6 heures), j’ai l’impression de sortir de la tombe, rassemblant mes membres vermoulus et infestés de vers pour un effort ultime. Assez mauvaise journée hier (‘étais morte), à travailler sur quelques poèmes de Yeats pour préparer mes cours. J’ai lu du Yeats jusqu’à avoir des fourmillements du cuir chevelu, et les cheveux dressés sur la tête. Il est authentique, c’est l’anti-Eliot, quoique j’aime Eliot. Yeats est lyrique et tranchant, clair, ciselé. Je crois que si mes propres poèmes préférés sont « The Disquieting Muses» et « On the Decline of Oracles», c’est qu’ils ont une bonne tension lyrique, regorgeant à la fois de paroles et de musique, tout ensemble cerveau et corps superbe. J’en ai de plus en plus conscience, il me faut arrêter d’enseigner et me consacrer à l’écriture.[…]
Sylvia Plath – journaux
Samedi 17 avril (1886)
[…]
Dans l’après-midi, Bracquemond m’emmène visiter le sculpteur Rodin. C’est un homme aux traits de peuple, aux yeux clairs, clignotants sous des paupières maladivement rouges, à la longue barbe flave, aux cheveux coupés ras, à la tête ronde, la tête du doux et obstiné entêtement — un homme tel que je me figure les disciples de Jésus-Christ. Je le trouve dans son atelier du boulevard de Vaugirard, l’atelier ordinaire du sculpteur, avec ses murs éclaboussés de plâtre, son malheureux poêle de fonte, la froide humidité venant de toutes ces grandes machines de terre mouillée, enveloppées de loques, et avec tous ces moulages de têtes, de bras, de jambes, au milieu desquels, deux chats desséchés dessinent des effigies de griffons fantastiques. Et là dedans un modèle, au torse déshabillé, qui a l’air d’un ouvrier débardeur. Rodin fait tourner sur les selles, les terres, grandeur nature, de ses six otages de Calais, modelés avec une puissante accusation réaliste, et les beaux trous dans la chair humaine, que Barye mettait dans les flancs de ses animaux. Il nous fait voir aussi une robuste esquisse d’une femme nue, d’une Italienne, d’une créature courte et élastique, d’une panthère selon son expression, qu’il dit, avec un regret dans la voix, ne pouvoir terminer : un de ses élèves, un Russe étant devenu amoureux d’elle, et l’ayant épousée.
Un vrai maître de la chair que ce Rodin. Une merveille du sculpteur c’est son buste de Dalou, exécuté en cire, dans une cire verte transparente qui joue le jade. On ne peut se faire une idée de la caresse de l’ébauchoir dans le modelage des paupières, et de la délicate nervure du nez. Le grand artiste, avec les otages de Calais, il n’a vraiment pas de chance. Le banquier qui était le dépositaire des fonds a pris la fuite, et Rodin ne sait pas s’il pourra être payé, et cependant l’ouvrage est si avancé qu’il faut l’achever, et pour le finir, ça va lui coûter 4 500 francs de modèles, d’atelier.
De son atelier du boulevard de Vaugirard, Rodin nous mène à son atelier près de l’École-Militaire, voir sa fameuse porte, destinée au palais futur des Arts décoratifs[…]
Edgard de Goncourt – journal
17 avril 2026
Période morose... à repeindre en rose... voilà le niveau de réflexion dont je suis capable en ce moment... pas brillant !... mais je préfère le mat...
C.D - journal de mes petits riens

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