New York
19 juin 1953.
Ça y est, les gros titres claironnent la nouvelle qu’ils vont tous les deux [les Rosenberg] être exécutés ce soir à 11 heures. Et j’en ai mal au ventre. Je me souviens du récit fait par un journaliste de l’électrocution d’un condamné, avec une précision à soulever le cœur, décrivant la fascination non dissimulée sur le visage des spectateurs, et tous les détails, les données physiques choquantes à propos de la mort — le hurlement, la fumée — un rapport nu et honnête, sans émotion, qui prenait aux tripes par ce qu’il ne disait pas.
La grande et belle fille féline, qui portait un chapeau original pour venir travailler tous les jours, s’est dressée sur un coude sur le divan de la salle de conférence où elle faisait la sieste, a bâillé, et dit méchamment, d’une belle voix ennuyée : «Je suis bien contente qu’ils soient exécutés.»
Elle a balayé la pièce d’un regard vague et suffisant, refermé ses énormes yeux verts et s’est rendormie.
Les téléphones sonnent comme d’habitude, les gens font des plans pour aller passer la longue fin de semaine à la campagne, et tout le monde est nonchalant, plutôt content, et personne ne pense beaucoup à tout ce que représente une vie humaine — les nerfs et les tendons et les réactions et les réflexes qui ont mis des siècles et des siècles à se développer.
Mais ils allaient tuer des gens grâce à ces secrets atomiques. C’est bien qu’ils meurent. Comme ça nous aurons la priorité pour tuer des gens avec ces mêmes secrets atomiques qui sont si jalousement nôtres, si spécifiquement et inhumainement nôtres.Il n’y a pas de grands cris, pas d’horreur ni de révolte.
C’est bien ce qui est terrifiant. L’exécution doit avoir lieu ce soir. Dommage qu’elle ne puisse être retransmise à la télévision,… ce serait bien plus réaliste et profitable que le téléfilm policier courant. Deux personnes réelles qu’on exécute. Aucune importance. Le comble de la réaction émotionnelle aux Etats-Unis sera un grand bâillement démocratique, complaisant et banal, exprimant un ennui infini.Sylvia Plath – journaux
19 juin 1916
Tout oublier. Ouvrir la fenêtre. Vider la chambre. Elle est traversée par le vent. On ne voit que le vide, on cherche dans tous les coins et l’on ne se trouve pas.
Avec Ottla. Je suis allé la chercher chez son professeur d’anglais. Retour à la maison en passant par le quai, le Pont de pierre, un petit bout de la Kleinseite, le Pont-Neuf. Émouvantes statues de saints sur le pont Karl.Étrange lumière de crépuscule d’été sur le vide nocturne du pont.
Joie que me donne la libération de Max. Je croyais qu’elle était possible, je vois maintenant sa réalité. Une fois de plus, ce n’est pas mon tour.
Et ils entendirent la voix du Seigneur qui marchait dans le jardin, car le jour avait fraîchi.
Repos d’Adam et d’Ève.
Et le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peaux de bêtes, et il les habilla.
Fureur de Dieu contre la famille humaine.Les deux arbres.
L’interdiction non morio.
Le châtiment de tout le monde ( serpent, femme, homme)
La faveur concédée à Caïn, qu’il irrite encore par son discours.
[…]
Franz Kafka – journal
19 juin 2026
Calfeutrée à la maison ... envie de glace... et c'est tout...
C.D - journal de mes petits riens

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