17 juin [ 1901 ].
Je sens très bien que mon corps et mon esprit changent. Je ne suis pas triste, mais certainement pas gaie, plus si gaie, mes accès d’exubérance verbale et de brio sont très rares. On ne dira plus bientôt, ainsi qu’une chose parfaitement établie : « Catherine est folle. »
Ce « folle » qui dans la bouche de mes amis est le résumé de mes fumisteries passées et de mes paradoxes présents (où il y a, s’ils savaient ! avant tout, le dédain que j’ai d’eux !). J’ai été, depuis un an, si continuellement dégoûtée par la vie – non pas La Vie, c’est enfantin que de cracher à La Vie, puéril et bien ignorant -, mais mon dégoût à moi était tout pour la vie, en tant que manifestation mondaine, la vie en petites lettres et combien, hélas, en sales petites actions.
Comment dirai-je ?
Je sens mon être intime absolument violé – aussi sali et taché que, s’il pouvait lui en arriver de même, mon corps le serait.
Je ne peux pas être heureuse, parce que je n’ai pas la pureté du cœur. Ça ressemble à un axiome de catéchisme, mais c’est vrai. Je suis un lac empli de trésors étranges, de splendides plantes, de fleurs inconnues ; tout l’azur du ciel y brille et y tremble, le soleil et la lune y font des nappes d’or et d’argent. Mais les hommes des villes prochaines sont venus, ils ont jeté leurs ordures dans l’eau brillante ; chaque fois qu’ils passent, le lac est souillé par eux. Et voici que le soleil et la lune ne peuvent plus s’y refléter, et que les fleurs et les plantes rares périssent dans la boue qui monte.
Exquis morceau. Il donne, quoique court, l’image transparente de l’âme de son auteur. Ce qui est drôle, c’est que l’âme de Jean suit la mienne, à quelques mois près. Il est au dégoût et à l’ennui maintenant, pendant que moi qui les ai dépassés, déjà j’entre dans l’indifférence, le dédain, et bâtis en me souriant le premier étage de ma tour d’ivoire.Catherine Pozzi – journal de jeunesse
Mercredi 17 juin 1987
Réveil très matinal (5h30) et taxi pour l’aéroport. Vol pour Bru-xelles. À 13 heures on vient nous chercher et nous allons acheter la peinture et les pinceaux avec Emy Tob.
14h30 : je commence à peindre la fresque murale dans la cafétéria du musée d’Art contemporain d’Anvers. La cérémonie d’inauguration du musée pour la presse est en train de se finir, mais plusieurs photographes s’arrangent pour pouvoir revenir. Le mur est très lisse et j’ai un peu de mal avec la peinture. Je dois aller chercher des pigments et de l’encre à ajouter à la peinture noire pour obtenir une ligne plus dense.
Je finis la fresque en cinq heures. La dame du restaurant est amusante, mais a l’air vraiment épatée de ce nouvel élément du décor. Elle n’arrête pas de m’offrir des boissons, de la bière et de la nourriture. Je prends un tas de Polaroids et je rentre à l’hôtel prendre un bain.
Monique vient nous chercher à 22 heures pour aller dîner chez Emy. Très bon dîner et très belle maison avec une superbe collection d’œuvres d’art. J’ai une conversation agréable avec son fils qui vient de rentrer de Londres, où il fait ses études. Nous parlons de l’influence des médias sur notre société et notre culture, des différences entre l’Amérique et l’Europe, du futur, etc. C’est agréable d’avoir une conversation intéressante et stimulante pour changer.
Nous parlons d’Alechinsky parce qu’ils ont quelques tableaux de lui, et des rapports entre le Japon, la calligraphie et mon travail. Une agréable soirée, et puis au lit à l’hôtel.Keith Haring – journal
17 juin 2026
Dehors, chaud et humide... et l'odeur des tilleuls en fleur... enivrante... une canicule est annoncée pour les jours à venir... il faut organiser les plantes de la terrasse... mettre à l'abri du soleil les plus fragiles... leur donner à boire... et garder l'appartement au frais, dans l'obscurité... souvenir d'une enfance passée dans le sud... souvenir des persiennes... de l'obscurité tamisée dedans et de la lumière écrasante dehors...
C.D - journal de mes petits riens

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