34 ans, 6 mois, 10 jours Dimanche 20 avril 1958
À regarder Lison dessiner, j’ai revécu mon apprentissage de l’écriture. De sa guerre, mon père avait rapporté quantité d’aquarelles où il avait saisi tout ce qui n’était pas affecté par le grand pilonnage. Des villages entiers pendant les premiers mois, puis des maisons isolées, puis des bouts de jardin, des massifs de fleurs, une fleur toute seule, un pétale, une feuille, un brin d’herbe, par une sorte de saisie décroissante de son environnement de soldat qui disait l’absolue dévoration de la guerre.
Uniquement des images de paix. Pas un seul champ de bataille, pas un drapeau, pas un cadavre, pas un brodequin, pas un fusil ! Rien que des restes de vie, des miettes colorées, des éclats de bonheur. Il en avait des cahiers et des cahiers. Dès que ma main put se refermer sur un crayon, je m’amusai à détourer ces aquarelles. Loin de s’en offusquer, papa me guida ; sa main sur la mienne il m’aidait à donner à la réalité que ses pinceaux avaient ébauchée le contour le plus exact possible. Du dessin, nous passâmes à l’écriture. Sa main toujours guidant la mienne, un porte-plume en place du crayon, il me faisait ourler des lettres après m’avoir fait détourer des marguerites. C’est ainsi que j’ai appris à écrire : en passant des pétales aux hampes et aux jambages.
Trace-les avec soin, ce sont les pétales des mots !
Je n’ai jamais retrouvé ces cahiers d’aquarelles, disparus dans le grand autodafé maternel, mais il m’arrive encore de sentir la main de mon père sur la mienne dans le plaisir enfantin que j’éprouve à bien ourler mes lettres.Daniel Pennac – journal d’un corps
20/4/58
Banalité et domination – c’est ce que j’avais écrit quand j’étais à U-Conn [quand SS enseignait à l’université du Connecticut quelques années plus tôt], et j’avais raison…
Une aristocratie de la sensibilité aussi bien qu’une aristocratie de l’intellect. N’aime pas du tout, mais pas du tout être traitée en plébéienne! Dois avoir assez d’ego pour défendre ma sensibilité. Si j’étais susceptible (c.-à-d. si je montrais que je suis consciente des humeurs de H, de ce qu’elle pense vraiment de moi), je n’oserais jamais l’embrasser… Être amoureuse – ce sens subtil enthousiaste et inoubliable du caractère unique de l’autre. Il n’y a personne comme elle, qui danse comme elle, qui soit triste comme elle, éloquente comme elle, folle et vulgaire comme elle…
Je suis lasse de la présence de Barbara. J’aime H trop passionnément, trop sexuellement, pour ne pas mal vivre – et de plus en plus – ce jeu des trois sœurs, du club de filles, même si la présence de Barbara divertit H + la rend peut-être moins impatiente avec moi.Susan Sontag – Renaître
20 avril 2026
Le soleil se faufile entre les feuilles vert-tendre des tilleuls qui se balancent sous l'effet d'une brise légère... c'est joyeux... le corps, lui, attend que la date fatidique soit passée pour ne plus revendiquer la douleur due au chagrin... le corps est un calendrier psycho-rigide et exigeant...
C.D - Journal de mes petits riens

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