5 juin 1978 .
Travaille hypnotisée à Queen of the Night. je voulais cette nouvelle courte, une vingtaine de pages, mais c’est impossible; elle va donc exiger sa propre longueur. Difficile de m’en arracher.
.. Piano, et Queen of the Night, et piano encore, et le jardin ensoleillé, et lecture. Il est difficile d’imaginer d’autres façons de vivre, d’autres plaisirs. (Ray joue au golf ce matin, levé de bonne heure, parti à 7 h 30.)
Vivre retirée et protégée dans une pièce. L’univers comprimé dans une pièce unique. Chasteté : être libérée de l’émotion qui mène à mariage, enfants, famille, obligations «féminines ». Par cette voie, Emily Dickinson s’est créée comme poète ; par l’avarice scrupuleuse avec laquelle elle économisait son énergie vitale, qui devait être rigoureusement protégée pour qu’elle puisse écrire.
Et je suis exactement pareille : car pour moi l’art passe en premier, doit passer en premier, et tout le reste est groupé autour, y est subordonné. Si j’avais besoin d’une « névrose » (une dépendance névrotique envers d’autres personnes, plus fortes) ou même d’éclairs psychotiques d’inspiration ou d’énergie, je m’y soumettrais pour l’écriture. Parce que rien d’autre n’est permanent, rien n’est transcendant, en dehors de l’art.
Dickinson, pour préserver son énergie spirituelle, a dû rester vieille fille, à l’écart du monde. Je peux m’accommoder d’une dépense d’énergie spirituelle – dans une certaine mesure. Mais à un certain point je me retirerais, moi aussi. Car l’on doit préserver ce pouvoir sacré qui, comme une flamme, peut brûler intensément, ou vaciller et s’éteindre…Joyce Carol Oates – journal
5 juin 1978
Chaque sujet (c’est ce qui apparaît de plus en plus) agit (se démène) pour être « reconnu». Pour moi, à ce point de ma vie (où mam. est morte) j’étais reconnu (par les livres). Mais chose étrange – peut-être fausse ? —, j’ai le sentiment obscur qu’elle n’étant plus là, il me faut me faire reconnaître de nouveau. Ce ne peut être en faisant n’importe quel livre de plus : l’idée de continuer comme par le passé à aller de livre en livre, de cours en cours m’a été tout de suite mortifère (je voyais cela jusqu’à ma mort).
(D’où mes efforts actuels de démission).
Avant de reprendre avec sagesse et stoïcisme, le cours (d’ailleurs non prévu) de l’œuvre, il m’est nécessaire (je le sens bien) de faire ce livre autour de mam.En un sens, aussi, c’est comme si il me fallait faire reconnaître mam. Ceci est le thème du «monument»; mais :
Pour moi, le Monument n’est pas le durable, l’éternel (ma doctrine est trop profondément le Tout passe : les tombes meurent aussi), il est un acte, un actif qui fait reconnaître.Roland Barthes – journal du deuil
5 juin 2026
Les extraits de journaux intimes d'aujourd'hui ont été écrits le même jour de la même année... je viens de m'en apercevoir en les mettant sur le blog... coïncidence... je devrais faire un abécédaire des coïncidences qui jalonnent mon chemin...
C.D - journal de mes petits riens

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