12 juin 1914
[…]
La vie de société se fait en rond. Seuls se comprennent ceux qui sont atteints d’une souffrance déterminée. En vertu de la nature de leur souffrance, ils forment un cercle et se soutiennent mutuellement. Ils glissent le long du bord intérieur de leur cercle, se cèdent mutuellement le pas ou bien se poussent doucement les uns les autres dans la foule. Chacun console l’autre dans l’espoir que cela réagira sur lui ou bien, et dans ce cas il le fait avec passion, dans la jouissance immédiate de cette réaction. Chacun n’a que l’expérience que sa souffrance lui permet et malgré cela, on entend ces camarades faire l’échange d’expériences monstrueusement différentes. « Tu es ainsi fait, dit l’un, mais au lieu de te plaindre, remercie Dieu, car si tu n’étais pas ainsi, tu serais plongé dans tel ou tel malheur, dans telle ou telle honte. » Et d’où cet homme sait-il cela?
Car il appartient, c’est ce que son jugement trahit, au même cercle que celui auquel il tient ce discours et son besoin de consolations est de même nature. Dans le même cercle, on ne sait jamais que les mêmes choses. Il n’y a pas un souffle de pensée qui puisse donner au consolant un avantage sur le consolé. C’est pourquoi leurs conversations ne sont que des alliances conclues par l’imagination, un trop-plein de désir se déversant de l’un sur l’autre.
Tantôt l’un regarde par terre, tantôt l’autre suit un oiseau des yeux, c’est à l’intérieur de ces différences que leurs relations se déroulent. Il arrive qu’ils s’unissent dans la foi et qu’ils regardent, tête contre tête, vers des hauteurs infinies. Mais ils ne montrent une connaissance de leur situation que lorsqu’ils baissent la tête ensemble et que le marteau commun s’abat sur eux.Franz Kafka – journal
Mardi 12 juin 1945
La machine à marcher s’est rendue une fois de plus à Charlottenburg. Fini les voyages éclairs en tramway. Il est tombé en panne au premier essai : les voitures sont de nouveau en grève. Nous avons bien avancé dans le travail. Il s’agira maintenant d’aller soumettre nos projets et nos plans à toutes les autorités compétentes possibles.
En chemin, j’ai été gratifiée d’une nouvelle expérience. Des cadavres ont été exhumés d’une pelouse pour être transportés dans un cimetière.
L’un d’eux était déjà déposé sur le déblai, longue masse glaiseuse enveloppée dans de la toile de voile de bateau. L’homme qui les déterrait, un civil d’un certain âge, s’essuyait la sueur du front avec ses manches de chemise et s’éventait avec sa casquette. Pour la première fois, je sentis l’odeur de la charogne humaine. Dans toutes les descriptions que j’avais pu lire, j’avais toujours trouvé l’expression «odeur douceâtre du cadavre». Je trouve cette épithète « douceâtre» bien imprécise et largement insuffisante. Voilà une exhalaison qui, pour moi, n’a rien d’une odeur; c’est plutôt quelque chose de solide, d’épais, comme une bouillie d’air, un concentré d’émanations qui viennent s’amasser devant le visage et les narines; trop putride et trop compact pour être respiré. À vous couper le souffle. Comme un coup de poing qui vous fait tomber à la renverse.
D’ailleurs, pour l’instant toute la ville pue. […]Une femme à Berlin – journal 20 avril-22 juin 1945
12 juin 2026
Il y a rire dans écrire... il y a aussi cri... incipit: ton sexe est le lieu de tous les commencements...
C.D - journal de mes petits riens

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