Juans-les-pins, mardi 9 mai (1933)
« Oui, me dis-je, il faut que je parle du visage de cette femme en train de coudre une étoffe de soie verte très mince et très brillante, assise à une table dans le restaurant de Vienne où nous avons déjeuné. Elle était comme le destin, maîtresse accomplie dans l’art de sa conservation. Les cheveux roulés et soyeux ; un regard si nonchalant que rien n’aurait pu l’émouvoir. Elle était assise là, cousant sa soie verte, parmi les gens qui ne cessaient d’aller et venir, et elle ne regardait rien, n’ignorait rien, ne craignait rien, n’attendait rien. Le type parfait de la bourgeoise française.» A Carpentras, la nuit dernière, il y avait une petite bonne aux yeux honnêtes, avec des cheveux relevés en crinière, et une dent gâtée. J’eus l’impression que la vie l’écraserait inévitablement. Dix-huit ans peut-être pas plus, mais prise dans l’engrenage, sans espérance, pauvre ; non pas faible mais dominée, pas assez dominée toutefois pour ne pas désirer furieusement voyager, ne serait-ce qu’un moment, dans une auto. « Ah, mais c’est que je ne suis pas riche, me dit-elle (ce que ses bas et ses chaussures bon marché prouvaient suffisamment). Ce que je vous envie de pouvoir voyager ! Vous aimez Carpentras? Le vent souffle dur, ici. Vous reviendrez ? Voilà qu’on me sonne. Ça ne fait rien.
Venez par ici et regardez-moi ça. Non, je n’ai jamais rien vu de pareil. Ah ! mais oui. Elle a toujours aimé les Anglais. (« Elle », c’est l’autre femme de chambre coiffée comme un cactus en érection.) Oui, dit-elle, j’ai toujours aimé les Anglais. » Je suppose que la drôle de petite figure honnête, avec sa dent noire, restera toujours à Carpentras. Se mariera-t-elle ? Deviendra-t-elle une de ces grosses femmes en noir, assises à tricoter devant leurs portes ? Non. Je prévois pour elle quelque tragédie, car elle témoigne d’assez de jugement pour nous envier la Lanchester.Virginia Woolf – journal d’un écrivain
9 mai (1912)
Hier avec Pick au café. Comment je m’accroche à mon roman!
, en dépit de toute mon inquiétude, exactement comme une statue qui regarde au loin et reste accrochée à son socle.
Aujourd’hui, soirée familiale désespérante. Mon beau-frère a besoin d’argent pour l’usine, mon père est inquiet au sujet de ma sœur, de son commerce et de sa maladie de cœur, ma sœur cadette est malheureuse, ma mère est plus malheureuse que nous tous, et je suis là à écrivasser.Franz Kafka – journal
9 mai 2026
Parfois je peux me sentir "à côté"... impression de flottement... je vois, je sens, j'entends, mais je ne me sens pas impliquée... ça n'est pas désagréable... seulement bizarre...
C.D - journal de mes petits riens

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