3 décembre (1911)
[…]
Le malheur du célibataire, qu’il soit apparent ou réel, est si facile à deviner pour son entourage que, s’il a choisi de devenir célibataire par amour du secret, il maudira sa décision, quoi qu’il arrive. Il est vrai qu’il se promène partout avec une redingote bien fermée, les mains dans de hautes poches, les coudes pointus, le chapeau enfoncé sur la figure ; le sourire faux qui lui est devenu naturel est là pour protéger sa bouche comme le lorgnon protège ses yeux, il a un pantalon plus étroit qu’il ne sied à des jambes maigres. Mais chacun sait où il en est, chacun peut lui énumérer tout ce qu’il souffre. Il reçoit au visage le souffle froid qui sort de ce cœur dans lequel il regarde avec la seconde moitié de son double visage, plus triste encore que l’autre. Il déménage positivement sans relâche, mais toujours dans les formes attendues. Plus il s’écarte des vivants, – vivants pour lesquels, et c’est bien là la pire des dérisions, il lui faut travailler comme un esclave conscient qui n’a même pas le droit de s’avouer pour tel, – plus un petit espace est jugé suffisant pour lui. […]
Franz Kafka – journal
Lundi 3 décembre (1934)
N’est-ce pas curieux ? Il y a des jours où je suis incapable de lire Dante après avoir travaillé aux Pargiter.
D’autres jours, je le trouve sublime et il m’aide. Il me soulève au-dessus du ronronnement vide des mots.
Mais aujourd’hui (j’ai refait la scène du pavillon) je suis trop énervée. Aujourd’hui, je trouve que le livre est bon. Je suis en plein dedans. Pourtant je m’arrêterai à la fin de la scène des funérailles, afin de reposer mon cerveau. C’est-à-dire que je vais écrire une pièce pour Noël, une farce : Freshwater, par manière de plaisanterie. Et mettre au point mon article sur La Critique contemporaine, et puis voir venir.[…]
Virginia Woolf – journal d’un écrivain
3 décembre 2025
Conversation à 10:00 du matin
- Qu'est-ce que je pourrais écrire aujourd'hui ?
- Ornithorynque !
- Ornithorynque sera le mot de la journée, mot à placer le plus souvent possible dans la conversation.
- C'est le métis, l'ornithorynque, celui qui va devoir subir le rejet toute sa vie...
- [...]
- Mais il y a du soleil à Nantes...!
C.D - journal de mes petits riens

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