Jeudi 22 décembre 1927
J’ouvre un moment ce cahier, me sentant la tête lourde, pour m’adresser à moi-même une verte semonce. Le mérite de la société, c’est qu’elle vous dédaigne. Je suis factice, médiocre — une mystification. Je prends l’habitude des conversations brillantes.
Du clinquant, voilà ce que c’était hier soir chez les Keynes. J’étais de mauvaise humeur, et pouvais voir ainsi la minceur de mes propos. Dadie a dit également une chose très juste : « Quand Virginia se laisse dominer par son propre style, on ne pense qu’à cela. Mais quand elle se sert de clichés, on pense à ce qu’elle veut dire. » Mais il déclara que je n’ai aucune faculté logique ; que je vis et que j’écris dans un rêve d’opium ; et le rêve est trop souvent centré sur moi.
Maintenant, avec la maturité qui approche et la vieillesse en vue, il faut être sévère pour des erreurs de ce genre. Il me serait si facile de devenir une vieille girouette égoïste, avide de compliments, arrogante, mesquine, desséchée.[…]
Le rêve est trop souvent centré sur moi. Pour y remédier, pour oublier sa propre, intense, absurde petite personnalité, sa réputation et tout ce qui s’ensuit, il faudrait lire ; rencontrer des gens, penser davantage, écrire avec plus de logique, et par-dessus tout, se gorger de travail et pratiquer l’anonymat. Se taire quand on est entouré, ou bien choisir la remarque la plus réfléchie, et non la plus spectaculaire, c’est aussi une « médication» comme disent les médecins. Ce fut une réunion plutôt vide, hier soir. Néanmoins, nous sommes très bien ici.Virginia Woolf – journal d’un écrivain
22 décembre 1978
Oh, dire le profond désir de recueillement, de retraite, de «Ne vous occupez pas de moi» qui me vient tout droit, inflexiblement, du chagrin, comme «éternel» – recueillement si vrai, que les petites batailles inévitables, les jeux d’images, les blessures, tout ce qui arrive fatalement dès lors que l’on survit, ne sont qu’une écume salée, amère, à la surface d’une eau profonde…Roland Barthes – journal de deuil
22 décembre 2025
Le calme avant la tempête... Un ciel uniformément gris acier, immobile... Les arbres dignes dans leur dénuement... Les gens... ailleurs, dans les magasins... Dans deux jours le réveillon. Prendre une grande inspiration avant de plonger en apnée dans le temps des fêtes, celui des émotions contradictoires, celui des joies et de la nostalgie... Aujourd'hui, rester sereine...
C.D - journal de mes petits riens

