Vendredi 6 avril. (1888)
— Antoine dîne, ce soir, chez Daudet. C’est un garçon mince, frêle, nerveux, avec un nez un rien vadrouillard, et des yeux doux, veloutés, tout à fait séducteurs. Il confesse ses projets d’avenir. Il veut encore deux années entières, consacrées à des représentations, comme celles qu’il est en train de donner, deux années, pendant lesquelles il apprendra à fond son métier et les éléments de la direction d’un théâtre. Après quoi, il a la foi d’obtenir du gouvernement une salle et une subvention, et cela au moment où il espère avoir 600 abonnés, soit 60000, et avec ce roulement d’une centaine de mille francs, cette salle à la location gratis, le concours d’acteurs découverts par lui, et payés raisonnablement, il se voit directeur d’un théâtre, où on jouera cent vingt actes par an, — un théâtre où l’on débondera sur les planches, tout ce qu’il peut y avoir d’un peu dramatique dans les cartons des jeunes. Car quel que soit le succès d’une pièce, son idée serait qu’elle ne fût jouée que quinze jours, quinze jours au bout desquels, l’auteur serait libre de la porter sur une autre scène. Quant à lui qui continuerait à jouer, il ne demanderait qu’un traitement de douze mille francs, gardant jalousement la direction littéraire, mais abandonnant la direction financière à un comité. […]
Edmond de Goncourt – journal
6 avril 1980
Dimanche de Pâques…Et une belle journée luxuriante, ensoleillée. Quel paradis !
[…]
Immergée dans Angel of Light. Des heures et des heures et des heures. Fini le chapitre « Schweppenheiser » aujourd’hui. Suis maintenant page 119. Ce qui m’inquiète un peu – le roman va être très long – mais – il doit se développer à son rythme – je dois respecter ses curieuses complexités internes. Se lovant et se re-Lovant sur lui-même, délicat comme une crosse de fougère. Sera-t-il jamais publié ? Sera-t-il jamais lu ? J’écris les pages ligne par ligne, retirant les feuilles de la machine à écrire et réécrivant, réécrivant, jusqu’à ce que chaque ligne me paraisse solide. En même temps, je sais que je réécrirai sans doute l’essentiel du roman, une fois que je l’aurai fini… Cette méthode est une sorte de filet de sécurité. Je ne peux pas expliquer. Il avance lentement (cela donne l’impression d’avancer lentement) mais régulièrement ; il a quelque chose de consolant. Un roman obsédant, profond, sombre, hypnotisant, qui, pour le moment, concerne encore des adolescents… l’adolescence. Deux générations simultanément. Et comme je suis vite tombée amoureuse du formidable Schweppenheiser ! Qui réapparaîtra dans le roman beaucoup plus tard, en 1978Joyce Carol Oates – journal
6 avril 2026
A l'aulne du 6 juin 1980 et du titre de la nouvelle de Joyce Carol Oats Angel of light, je dirai que ce jour là, nous étions en attente de notre angel of light politique en la personne de François Mitterrand... il sera élu un mois et quelques jours plus tard... mais la lumière s'est rapidement tamisée...
C.D - journal de mes petits riens

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