Samedi 31 mars. (1877)
À quoi bon se plaindre, mes larmes n’y feront rien, je suis condamnée à être malheureuse.
Encore cela, puis la gloire artistique. Et si… j’échoue !…
Soyez tranquille, je ne vivrai pas pour moisir quelque part dans les vertus domestiques.
Je ne veux pas parler d’amour, parce que j’ai usé ces mots pour rien. Je ne veux plus invoquer Dieu, je veux mourir.
Mon Dieu Seigneur Jésus-Christ, faites-moi mourir !
J’ai peu vécu, mais l’enseignement est grand : tout m’a été contraire. Je veux mourir, je suis incohérente et saccagée comme mes écrits, je me déteste comme tout ce qui est misérable.
Mourir… mon Dieu ! Mourir ! J’en ai assez !
Une mort bien douce, mourir en chantant quelque bel air de Verdi; aucune méchanceté ne se réveille comme avant, je voulais vivre exprès pour que les autres ne jouissent et ne triomphent pas. À présent cela m’est égal, je souffre trop.Marie Bashkirtseff– journal
31 mars. (1855)
— Je vais mieux : j’ai repris mon travail. M… venue vers quatre heures voir mes tableaux ; elle m’engage à venir lundi pour entendre Gounod. Elle avait un châle vert qui lui nuisait horriblement, et cependant elle conserve son charme. L’esprit fait beaucoup en amour ; on pourrait devenir amoureux de cette femme-là, qui n’est plus jeune,
qui n’est point jolie et qui est sans fraîcheur. Singulier sentiment que celui-là !
Ce qui est au fond de tout cela est toujours la possession, mais la possession de quoi, dans une femme qui n’est pas jolie ? Celle de ce corps qui n’a rien d’agréable ? Car, si c’est de l’esprit qu’on est amoureux, on en jouit tout autant sans posséder ce corps sans attraits : mille femmes jolies sont là qui ne vous donnent pas une distraction. L’envie de tout avoir d’une personne qui nous a émus, une certaine curiosité, mobile puissant en amour, l’illusion peut-être de pénétrer plus avant dans cette âme et
dans cet esprit, tous ces sentiments se réunissent en un seul ; et qui nous dit qu’au moment où nos yeux ne croient voir qu’un objet extérieur dépourvu d’attraits, certains charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre insu ?
L’expression des yeux suffit à charmerEugène Delacroix – journal
31 mars 2026
Ignorante de tant de choses... ça donne le vertige... se pencher sur ce qu'on est... physiquement... moléculairement... et se réduire à un code-barre contenu dans l'ADN... plus besoin de carte d'identité... juste scanner... comme on scanne les produits dans les supermarchés pour en connaître le prix... Heureusement c'est un peu plus complexe que ça... mais l'idée me fait rire...
C.D - journal de mes petits riens

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