Mardi 25 mars, [1941] 9 heures du soir.
[…] Quand on est comme moi, toute jeune encore, pleine d’une volonté inébranlable de résistance, consciente de pouvoir aider à combler les brèches qui sont apparues et d’en avoir la force, on se rend à peine compte de l’appauvrissement intellectuel qu’a subi notre génération et de la solitude où elle se trouve. Ou bien cette inconscience n’est-elle qu’une autre forme d’abrutissement? Bonger, mort; Ter Braak, Du Perron, Marsman, morts ; Pos et Van den Bergh, en camp de concentration, et beaucoup d’autres avec eux, etc. . Je ne peux pas oublier Bonger non plus. (Curieux : la mort de Van Wijk fait remonter d’un coup tous ces souvenirs à la surface). Quelques heures avant la capitulation.
[…]
Bonger n’est pas un cas isolé. C’est tout un monde qu’on démolit. Mais le monde continuera, et moi avec lui jusqu’à nouvel ordre, pleine de courage et de bonne volonté. Ces disparitions nous laissent comme dépouillés, mais je me sens si riche intérieurement que ce dénuement n’a pas encore fait tout son chemin jusqu’à ma conscience.
Pourtant il faut garder le contact avec le monde réel, le monde actuel, tâcher d’y définir sa place, on n’a pas le droit de vivre avec les seules valeurs éternelles ; ce serait une nouvelle forme de politique de l’autruche. Vivre totalement au-dehors comme au-dedans, ne rien sacrifier de la réalité extérieure à la vie intérieure, pas plus que l’inverse, voilà une tâche exaltante. Et maintenant je vais lire un petit roman à deux sous dans Libelle, et au lit.
Demain, il faudra se remettre au travail, s’occuper de la «science », du ménage et de moi-même, il ne faut rien négliger, sans toutefois se prendre trop au sérieux – et maintenant, bonne nuit.Etty Hillesum – une vie bouleversée
Jeudi 25 mars. (1886)
— Je disais aujourd’hui à Daudet, que son intimité m’avait donné une seconde jeunesse de l’esprit, qu’il était, après mon frère, le seul être contre l’esprit duquel, le mien aimait à battre le briquet.
Edmond de Goncourt – journal
25 mars 2026
Les guerres ne font plus la Une des journaux ... elles sont devenues normales ... s'habitue-t-on aussi rapidement à l'horreur ? ... sans doute quand elle ne nous touche pas de près...
C.D - journal de mes petits riens

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