(17 mars 1942)
Mardi matin, 9 heures et demie.
Hier soir en allant cher lui, j’étais pleine d’une aimable langueur printanière. Et tandis que, désirant sa présence, je pédalais rêveusement sur l’asphalte de la Lairessestraat, je me sentis soudain caressée par une tiède brise de printemps. Et je pensai tout à coup : cela aussi c’est bon. Pourquoi ne connaîtrait-on pas une véritable ivresse amoureuse, tendre et profonde, au contact du printemps, ou de tous les êtres? On peut aussi se lier d’amitié avec un hiver, avec une ville ou un pays. Je me souviens du hêtre rouge de mon adolescence. J’avais une liaison toute particulière avec cet arbre. Certains soirs, prise d’un désir soudain de le voir, je faisais une demi-heure de bicyclette pour lui rendre visite et je tournais autour de lui, hypnotisée par son regard rouge sang. Oui, pourquoi ne vivrait-on pas un amour avec un printemps ? Et la caresse de cet air printanier était si tendre, si enveloppante, que celle de mains masculines (fût-ce les siennes !) me paraissait grossière en comparaison.
C’est dans ces dispositions que j’arrivai chez lui. La lumière de son bureau éclairait faiblement la petite chambre à coucher contiguë, et en entrant je vis son lit ouvert, que parfumait un lourd rameau d’orchidées penché au-dessus de ses draps. Et sur la table de chevet, près de son oreiller, des narcisses tout jaunes, étonnamment jaunes et jeunes. Ce lit ouvert, ces orchidées, ces narcisses : pas besoin de nous étendre côte à côte ; debout dans la pénombre de cette chambre j’avais l’impression de me lever d’une nuit d’amour. Lui était assis à son petit bureau, et une fois de plus je fus frappée de l’aspect de son visage, un très vieux visage grisâtre marqué par les intempéries […]Etty Hillesum – Une vie bouleversée
Jeudi 17 mars.(1887)
— Mme Commanville vient me lire la préface définitive, que sur mon conseil, elle a écrite, pour mettre en tête de la Correspondance de Flaubert. Elle me paraît curieuse, intéressante, cette petite
biographie, par les dessous intimes qu’elle seule pouvait apporter sur la vie de l’homme qui l’a élevée.
Drumont, à dîner, nous apprend qu’il fait des conférences antisémitiques, place Maubert et ailleurs. Ce sont des ecclésiastiques qui l’ont déterminé à parler en public, en lui disant que le don de la langue lui viendrait avec le Saint-Esprit, et il constate que ce don qu’il croyait ne pas avoir, il le possède, et qu’il harangue avec une facilité qui l’étonne.Edmond de Goncourt – journal
17 mars 2026
Confrontée à la difficulté d'écrire un texte allégorique intéressant... sur les notions de secret et de transparence et leurs excès dangereux... Un premier essai... pas concluant
C.D - journal de mes petits riens

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