Mercredi II mars [ 1896].
Maman a l’air de m’aimer moins… Elle prodigue mille et mille tendresses à Jean parce qu’il a eu des présidences, aujourd’hui’. Beau mérite vraiment ! Avec sa Bruce qui ne le lâche pas d’une semelle et son professeur qui lui fait tous ses devoirs, ce n’est pas bien malin d’avoir une présidence ! Et encore ! Si au moins il était cinquième ! Mais non, toujours dans les derniers. Ah ! si c’était moi ! je me rappelle le temps où j’étais toujours première avec deux présidences, et sans personne pour m’aider ! maintenant… Hélas, hélas ! Je pense bien mourir, oh oui! Va, pauvre petite fille qu’on dédaigne, pauvre bête ignorante, que fais-tu ici ? Va-t-en donc !… Ah, mourir !!…
Ou m’en aller, loin, loin loin, loin, m’en aller toute seule, ou mourir !
Ce soir… Je me sentais triste, triste. Toujours un peu la même pensée qui m’obsède, être inférieure, baisser dans l’esprit de Maman, ne rien savoir, être bête. Je voyais Maman contente de Jean et je me disais : « Et moi ! Jamais Maman ne dira : « Catha, tu es gentille, tu travailles bien, tu me fais honneur… » Non, je suis à Maman une charge inutile, je ne lui donne jamais un moment de satisfaction, et c’est moi qui l’embarrasse le plus. » Voilà ce que je pensais, en jouant du piano. Et j’ai pleuré, pauvre bête que je suis ! Alors, j’ai déchiffré un air de Mozart. Ce qu’il y avait dans cet air, je ne sais… mais il m’a calmée, il était si doux ! Ah, Mozart, merci ! Bonsoir…Catha
Catherine Pozzi – journal de jeunesse
Samedi. (11 mars 1916)
C’est le jour où l’on « fait la chambre ». (Il s’agit de celle où je travaille et que j’ai obtenu qu’on ne fasse qu’une fois par semaine.) J’ai donc passé au piano toute ma matinée. (Granados.) Après-midi, arrivée de Valentine et des deux petites. Comme on a enlevé toute la cendre de mon foyer, en « faisant la chambre », le feu refuse de prendre et je passe à m’énerver près de la cheminée le peu de temps qui me reste et que l’espérais donner au travail.
Continué la rédaction de mes souvenirs d’enfance.
Mais, à propos des promenades au Luxembourg avec mon père, je retombe dans ces hésitations de plume, ces ratures, ces reprises où ma vivacité s’épuise et dont il importe surtout de me guérir. J’ai repris plus de six fois le même passage et j’ai dû me coucher avant de l’avoir mené à bien. Il faudrait oser passer outre, quitte à mettre en marge :
« à écrire ».
Ce matin, aussitôt levé, j’ai récrit le tout assez aisément, bénéficiant sans doute du labeur de la veille.André Gide – journal
11 mars 2026
J'étudie la topologie de Madrid avant d'y aller... et le 11 mars me remet en mémoire celui de 2004... quand il y a eu un attentat dans les trains de banlieue de Madrid... charmant souvenir !!!
C.D - journal de mes petits riens

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