Dimanche 9 mars.(1941)
Eh bien, allons-y ! Moment pénible, barrière presque infranchissable pour moi : vaincre mes réticences et livrer le fond de mon cœur à un candide morceau de papier quadrillé. Les pensées sont parfois très claires et très nettes dans ma tête, et les sentiments très profonds, mais les mettre par écrit, non, cela ne vient pas encore. C’est essentiellement, je crois, le fait d’un sentiment de pudeur. Grande inhibition : je n’ose pas me livrer, m’épancher librement, et pourtant il le faudra bien, si je veux à la longue faire quelque chose de ma vie, lui donner un cours raisonnable et satisfaisant. De même, dans les rapports sexuels, l’ultime cri de délivrance reste toujours peureusement enfermé dans ma poitrine. En amour, je suis assez raffinée et, si j’ose dire, assez experte pour compter parmi les bonnes amantes ; l’amour avec moi peut sembler parfait, pourtant ce n’est qu’un jeu éludant l’essentiel et tout au fond de moi quelque chose reste emprisonné. Et tout est à l’avenant. J’ai reçu assez de dons intellectuels pour pouvoir tout sonder, tout aborder, tout saisir en formules claires; on me croit supérieurement informée de bien des problèmes de la vie ; pourtant, là, tout au fond de moi, il y a une pelote agglutinée, quelque chose me retient dans une poigne de fer, et toute ma clarté de pensée ne m’empêche pas d’être bien souvent une pauvre godiche peureuse.
Etty Hillesum– Une vie bouleversée
13 ans, 4 mois, 27 jours
Mardi 9 mars 1937
Oncle Georges a répondu à ma lettre. Avec Violette, il est le seul adulte qui réponde aux questions que les enfants lui posent. Du coup, Étienne sait beaucoup plus de choses que moi.
Mon cher petit,
[…] Tu me demandes si j’ai « perdu mes cheveux à la suite d’une frayeur ou d’un saisissement ». […] Mon petit, je suis devenu chauve pendant la Grande Guerre et je ne suis pas le seul. le me suis réveillé un matin avec des touffes de cheveux dans le casque, puis le matin suivant, et encore le matin suivant. Je suis devenu chauve en quelques semaines. Le médecin appelait ça la pelade, il disait que ça repousserait. Tu parles ! […]
Maintenant tu me demandes si, « en tant que représentant du genre chauve », j’ai « des frissons sur le crâne ». Eh bien, sache que cela m’est arrivé au moins une fois : quand j’ai vu Sarah Bernhardt au théâtre, juste après la guerre. Tu ne peux pas imaginer ce qu’était la voix de Sarah Bernhardt. […].Quant aux questions que tu me poses concernant « la menstruation et tout ça », je serais bien incapable d’y répondre. La Femme, mon petit, est un mystère pour l’Homme et le contraire n’est malheureusement pas vrai […]
Juliette et moi t’embrassons bien affectueusement.
Transmets nos amitiés à Madame ta mère et viens quand tu veux à Paris nous montrer tes biceps.
Ton oncle Georges
[…]Daniel Pennac– journal d’un corps
9 mars 2026
Au cinéma hier soir... dérangée par les lèvres repulpées ( pour utiliser un mot à la mode) d'une actrice... l'artifice me paraît disgracieux... et enlève toute crédibilité aux paroles qui en surgissent...
C.D - journal de mes petits riens

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