2 mars.(1916)
Arrivé à Cuverville avant-hier soir vers minuit ; passablement abruti par un voyage de dix-huit heures, agrémenté d’une collision à Serquigny ; quatre ou cinq morts et une vingtaine de blessés. (Voir les journaux)
Tant secoureurs que se secourus m’ont paru décents, certainement éduqués déjà par la guerre ; eu plaisir à causer avec des gens de toutes classes de la société. Pour moi constaté à neuf la grande difficulté où je suis de prendre au tragique, au sérieux même, l’accident fortuit. Je reste amusé, comme au spectacle, exalté plutôt et prêt à dépenser une ressource d’activité subite. Un peu empêché de deux bonnes, sans compter les deux chiens et les cinq chats. Une brave femme de capitaine au long cours s’accrochait à nous, qui portait dans ses bras un ravissant garçonnet de deux ans. Il a fallu trimbaler les paniers, les valises ; aider tout ce monde à gravir le talus, etc.
Nous étions du reste assez loin des wagons écrasés et la secousse que nous avons ressentie n’a pas été très vive ; je n’imaginais pas, d’après elle, la gravité de l’accident et n’ai approché du sinistre qu’après que les victimes en avaient déjà été dégagées. J’aurais voulu pouvoir m’employer davantage.[…]André Gide – journal
Mercredi 2 mars 1898.
D’ordinaire, en commençant un nouveau livre, je mets quelques mots sur moi, mon état d’âme… Ce me semble inutile avec celui-ci, qui est tellement une suite de l’autre, du bien-aimé qui dort, là-bas, caché à tous les yeux. Ce n’est que pour moi que j’écris ces livres – je me le suis dit bien souvent – mais, au fond, tout au fond, ce n’est pas très vrai. Ce n’est pas très vrai en ceci : j’ai toujours eu une espèce de souci atavique de la postérité, de l’Après… je dis atavique, car il est d’abord en mon père, qui, sans penser à l’opinion des envieux d’à présent, a toujours un peu travaillé pour son siècle, pour les siècles futurs… Mon père est un homme célèbre dont le nom restera. Je suis fière de lui. En écrivant ces pages, je ne voudrais pour rien au monde qu’elles fussent profanées par un regard indifférent, mais je voudrais qu’elles restent.
Qu’elles restent, non pas comme un exemple de style – oh loin de moi cette idée ! je ne travaille pas ces lignes : j’écris sans chercher ce qui me vient du cœur – mais comme un intéressant document psychologique sur ce que pouvait être l’état d’âme d’une petite fille, qui écrirait sincèrement, par cela même qu’elle écrirait pour elle, et qui dirait simplement tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle souffre ou tout ce qu’elle pense. Je voudrais que ces livres restent, parce que je veux qu’on connaisse mieux les enfants – on ne les connaît pas : la plupart voient en eux de petits êtres frivoles incapables de penser – je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule.[…]
Catherine Pozzi – journal de jeunesse
2 mars 2026
Ciel bleu... chatons en goguette sur les branches des noisetiers... (je viens d'apprendre que les chatons de noisetier sont comestibles et se cuisinent)... tenue de jardinière... et tailler, et nettoyer, et ranger ... bref, préparer la terrasse de printemps...
C.D - journal de mes petits riens

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