Dimanche soir, 23 février(1958).
Ceci doit être mon vingt-sixième 23 février. Plus d’un quart de siècle de mois de février, et pourrais-je découper dans toute leur épaisseur une tranche de souvenirs, pour retracer la spirale de mon ascension vers l’âge adulte — ou faut-il dire chute ? Il me semble que j’ai assez vécu pour pouvoir passer le reste de ma vie dans des rêveries, à revivre mes diverses rencontres avec des gens, sains d’esprit ou fous, brillants ou stupides, beaux et grotesques, de la petite enfance à la grande vieillesse, froids ou chaleureux, rêveurs ou pragmatiques, morts ou vifs. Ma maison est tellement pleine de jours et de masques que je pourrais, je dois passer des années à aller à la pêche, remonter ces monstres avec écailles et corne, barbe de mer et œil de perle, enfouis depuis si longtemps dans la mer des Sargasses de mon imagination. Je sens que je m’accroche à mon passé comme à la vie. Dorénavant je m’y consacre : chaque détail banal de bois piètrement sculpté, chaque panneau de verre bosselé orange et violet de la fenêtre sur le palier de l’escalier de ma grand-mère, chaque carreau de salle de bains blanc hexagonal trouvé par Warren et moi quand nous creusions notre tunnel jusqu’à la Chine devient rayonnant, magnétique, et aspire tout le sens à lui en brillant d’une étrange signification — découvrir l’énigme : pourquoi y a-t-il une révélation dans le moindre lacet de chaque poupée ? Une annonciation dans le moindre vœu des boîtes à souhaits ? Ce sont les reliques enfouies de mes «moi» perdus que je dois tisser en forme de mots pour les trames à venir. […]
Sylvia Plath – journaux
23 février (1914)
Je pars. Lettre de Musil . Me fait plaisir et m’attriste, car je n’ai rien.
Un jeune homme monté sur un beau cheval passe le portail d’une villa.
Quand grand-mère mourut, il se trouva que l’infirmière était seule auprès d’elle. Elle raconta que, juste avant la fin, grand-mère se souleva un peu sur l’oreiller comme si elle cherchait quelqu’un, puis se recoucha paisiblement et mourut.
Je me trouve incontestablement pris dans une inhibition qui m’enveloppe de toutes parts, mais avec laquelle je ne me confonds pas encore intimement, je constate qu’elle se disloque par moments et qu’on pourrait la faire sauter. Il y a deux moyens, le mariage ou Berlin, le premier est plus sûr, le second, plus attirant pour l’immédiat. Je plongeai et ne tardai pas à m’y reconnaître. Un petit banc de poissons formant une chaîne ascendante flotta devant moi et se perdit dans le vert. Cloches portées çà et là au gré du mouvement de l’eau. – Faux.Franz Kafka – journal
23 février 2026
J'ai ouvert les yeux, j'ai ouvert le robinet d'eau, le réfrigérateur, les tiroirs, j'ai ouvert le tube de dentifrice, le livre à la page écornée, l'ordinateur, j'ai ouvert la boite de macarons, la radio et la fenêtre qui donne sur la terrasse, j'ai ouvert... et j'ai fermé les portes... fermées à clef
C.D - journal de mes petits riens

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