13/2/50
[Ces notes furent en fait écrites à la même date, mais en
1951.]
[…]
De Rilke :
«… la grande question : … si nous sommes éternellement ineptes en amour, incertains dans les prises de décision, impuissants devant la mort, comment est-il alors possible d’exister ? » [Notre traduction.]
Et pourtant nous existons, nous l’affirmons. Nous affirmons la vie du désir. Et pourtant il y a plus que ça, encore. On ne fuit pas sa vraie nature qui est animale, le ça, pour une conscience dirigée de l’extérieur qui s’ autotorture, le surmoi, comme l’avançait Freud – mais l’inverse, comme le dit Kierkegaard. Notre sensibilité éthique est ce qui est naturel à l’homme et nous la fuyons pour retrouver la bête ; ce qui revient simplement à dire que je rejette le désir sexuel faible, manipulateur et désespérant, je ne suis pas une bête, je ne serai pas une « futilitariste ». Je crois qu’il y a plus que l’épopée personnelle, avec la piste du héros ; qu’il y a plus que ma propre vie : au-dessus des simulations multiples du désespoir, il y a la liberté et la transcendance. On peut connaître des mondes dont on n’a pas fait l’expérience, choisir une réponse à la vie qui n’a jamais été proposée, créer une intériorité réellement forte fertile.[…]
Susan Sontag – Renaître
78 ans, 4 mois, 3 jours
Mercredi 13 février 2002
« Pourquoi un homme qui baille en fait-il bailler un autre ? » La question est posée, au XVI eme siècle, par Robert Burton, à la page 431 de son Anatomie de la mélancolie, enfin traduite en français chez Corti. Sans proposer de réponse satisfaisante (Burton attribue cette contagiosité du bâillement aux esprits), sa question me ramène quarante ans en arrière, à ces expériences de physiologie amusante que je faisais par ennui lors de réunions de travail particulièrement insipides : je n’avais qu’à simuler un bâillement pour voir la table entière se mettre à bâiller. Je croyais avoir fait une découverte, il n’en était rien. Notre existence physique s’écoule à défricher une forêt vierge qui l’a été mille et mille fois avant nous. Avec Montaigne ou Burton un livre, mais combien de découvertes non révélées, d’étonnements non communiqués, de surprises tues ? Tous ces hommes si seuls en leur silence!
Daniel Pennac – journal d’un corps
13 février 2026
Un vendredi 13... mise en marche de toutes les pensées magiques... celles porteuses de bonheurs et celles porteuses de malheurs... et à cette occasion j'ai trouvé sur internet que la peur du vendredi 13 se nomme triskaïdékaphobie*... un mot que je suis sûre de ne pas retenir...
C.D - journal de mes petits riens
*article de Brian Handwerk dans le National Geographic

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