Dimanche 9 février.(1958)
Il est presque 9 heures du soir.
Dehors : rires de garçons, vroom-vroom d’un moteur qui s’emballe. Journée crépusculaire, passée dans la stupeur, soutenue par du café et du thé brûlant : séries de nettoyages — réfrigérateur, chambre, salle de bains ; mon bureau ; tout ranger, lentement — essayer de «maintenir à distance la souillure de la vie» — laver, ses cheveux, soi, ses bas et chemisiers ; réparer les ravages de la semaine, lire pour me mettre à jour pour ma première semaine de cours sur les contes de Hawthorne — écrire, pour la première fois, une longue lettre à Olwyn, sentir mots, rythmes et couleurs se combiner et bouger selon des motifs qui me plaisent à l’œil et à l’oreille. Pourquoi suis-je aussi libre pour lui écrire ?
Mon identité prend forme, s’élabore. Je sens germer des histoires, en lisant la collection de nouvelles du New Yorker — mais oui, quand les temps seront consommés, je serai parmi ces femmes auteurs, ces poétesses. En attendant, en ce début de juin, il faut que je m’instruise sur les planètes et les horoscopes pour que notre maison soit placée sous une bonne étoile. Si je ne le fais pas, je le regretterai. Il faut que j’apprenne les tarots aussi…[…]
Sylvia Plath – journaux
9 février (1915)
Écrit un peu hier et aujourd’hui. Histoire du chien. Je viens de lire le début. C’est laid et cela provoque des maux de tête. En dépit de toute sa vérité, le récit est méchant, pédant, mécanique, c’est un poisson échoué sur un banc de sable et ne respirant plus qu’à peine. J’écris mon Bouvard et Pécuchet bien prématurément. Si les deux éléments qui sont le plus fortement marqués dans le Chauffeur et dans la Colonie pénitentiaire ne parviennent pas à s’unir, je touche à ma fin. Mais cette union a-t-elle des chances de se faire ?
J’ai enfin pris une chambre. Dans la même maison de la Bilekgasse.Franz Kafka – journal
9 février 2026
Il ne sert à rien de répéter que je suis vieille... ça ne change rien... et même ça participe au fait d'être vieille... mais le plus probant ce sont les mots indociles... ceux qui fuient leur service... les déserteurs... d'abord les noms propres... et maintenant les autres... jusqu'où vont-ils aller ? ... pour le moment ils reviennent... en traînant plus ou moins des pieds...
C.D - journal de mes petits riens

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