Le /jeudi/ 30 janvier 1919
Suzanne Parisis 20! le boulevard Berthier, l’Ingénue libertine, la petite Minnel21 aux cheveux de soie noués d’un ruban rouge, les bastions, la neige, la caserne… O fortifications enfantines de Paris, Suzanne Parisys, dans un atelier charmant d’où l’on voit une éternelle France de guerre… La Belgique! II faisait chaud… un livre ouvert, des vers que je n’eus pas le temps de reconnaître.
Elle est blonde, des cheveux lourds, on ne voit pas ses yeux! mais on les surprend quelquefois. Ils sont frôleurs, tendres, très doux, bleus, je crois! Le visage est jeune comme une poupée, 22 ans… nous sommes bien du même âge ! Je parle, je raconte, je fume des cigarettes américaines[…]
La neige gelée menace de la chute, on marche pesamment. J’achète des marrons et m’en vais, toute remuée d’images, les doigts brûlés par l’écorce dure, le visage écorché de froid vif, de nuit dure. Mon Dieu, tout s’arrange, ici je trouve un mot de Colette accompagnant le manuscrit qui me manquait. Elle dit: « je vous dirai chez Natalie tout le bien que j’en pense».
Tant mieux.Et puis c’est tout ; quoi : la vie !
Dès qu’on atteint son désir, le désir semble bien piètre, et déjà le jeu ne m’amuse plus quand je suis proche de gagner
Mireille Havet – journal
30 janvier 1922
J’attends la pneumonie. Ce n’est pas tellement de la maladie elle-même que j’ai peur, j’ai peur pour ma mère et de ma mère, de mon père, de mon directeur et de tous les autres. Ici, il semble évident que les mondes subsistent et que je suis aussi ignorant, aussi perdu, aussi inquiet en face de la maladie que dans mes rapports avec le garçon de l’hôtel, par exemple. Mais pour le reste, la séparation me paraît être par trop précise, dangereuse dans sa précision, triste, trop tyrannique, Habiterais-je donc l’autre monde?
Oserais-je dire cela ?
Quelqu’un dit : « Que m’importe de vivre? C’est uniquement à cause de ma famille que je ne veux pas mourir. » Mais la famille est justement la représentante de la vie, et c’est donc bien tout de même au nom de la vie qu’il veut vivre. Or, ceci semble être valable également pour moi en ce qui concerne ma mère, mais seulement ces derniers temps. À moins que je ne sois amené à cela par la gratitude et l’attendrissement? Gratitude et attendrisse-ment, parce que je vois comment, avec une force immense pour son âge, elle s’efforce de compenser mon absence de liens avec la vie. Mais la gratitude est encore la vie.Franz Kafka – journal
30 janvier 2026
Espérer malgré tout... On ne peut pas perdre espoir comme on perd ses lunettes ou son téléphone... même si perdre espoir implique devenir aveugle et sourd - ne plus voir, ne plus entendre le futur...
C.D - journal de mes petits riens

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