Vendredi 25 janvier 1985.
Taxi jusqu’à la 74° Rue ($2) pour voir le Dr Bernsohn. Il m’a fait tout un cinéma parce que ses téléphones avaient été placés sur table d’écoute par le FBI. Ces histoires de cristaux, c’est vrai ou pas ? Le Dr Reese vient d’un patelin près de Kansas City. C’est un chiropracteur, tout comme le Dr Bernsohn. Les cristaux viennent d’Arkansas et ils sont censés vous guérir. Celui que je porte, le verre taillé tchèque, c’est pour me protéger. Un «troisième œil » (taxi $6).
Je devais rencontrer une dame pour son portrait. C’est juste parce qu’elle a vu le portrait de quelqu’un d’autre. Je ne sais pas comment elle s’appelle. Elle était jolie. Jon a fait une interview. Shirley MacLaine pour la une du numéro spécial Santé de Interview. Je suppose qu’il l’a transcrite lui-même pour pouvoir faire des coupes avant de la remettre.
Encore un jour passé à monter et descendre les escaliers. De temps en temps, je jetais un coup d’œil sur Fred, pour voir s’il avait toujours la gueule de bois, pour voir s’il pouvait quand même travailler. Je ne sais pas. J’ai failli lui dire qu’il avait une tête de déterréAndy Warhol – journal
Mardi 25 janvier [ 1898 ).
Vivre – Vivre.
Toujours, encore, encore, sans arrêt, sans répit.
Vivre – Vivre.
Toujours, toujours, sans repos, sans arrêt, dans la monotonie banale de cette existence terne, dans le travail inutile, dans les mille ennuis, au milieu de gens hostiles au milieu de gens ennemis.
Vivre – Vivre.
Travailler, apprendre, rire, oublier, être gai – oh être gai, l’infernale ironie! Rire de bon cœur, la mort dans l’esprit, oublier, ah faiblesse! oublier que l’esprit se meurt d’angoisse…. rire, rire de rien, bêtement amusée d’une niaiserie sotte…
Vivre – Vivre.
Et parfois, au milieu de toute cette monotonie, voir une pensée traverser votre ciel gris et l’éclairer, lueur divine… ah, mon âme s’est réveillée ! Mon âme vit puisqu’elle souffre… ah, humanité, pauvre humanité, je t’aime et te comprends, et t’excuse… Et l’âme oublie un instant qu’elle doit être muette, muette, muette (c’est à cela que travaille l’enseignement moderne, et c’est à quoi concourt l’infernal engrenage dans lequel on vous prend, pauvre oiseau). Ah lueur divine qui viens, ah lueur qui m’as fait oublier mon oubli, lueur qui m’as éveillée du lourd sommeil de l’indifférence, sois bénie! Je veux oublier que je suis sur la terre, je veux arracher ma vie des mesquineries humaines, je veux arracher mon cour de ses banales amitiés, je veux arracher mon être de toutes ces hypocrisies, je veux m’en aller, mourir, n’importe où je vais, où j’irai ? Je veux m’arracher de la terre, qu’importe si je souffre ? Je ne veux plus être acteur dans cette comédie répugnante, je ne veux pas plus faire partie d’eux… Je ne suis pas faite pour eux, je ne veux pas appartenir à un homme, je ne veux pas lui donner ma chair, je ne veux pas devenir femme, pâmée sur ses lèvres. Et je sens bien que je serai prise irrévocablement dans l’engrenage dont je vois les pièges, je suis si faible ! J’aimerai, et je me donnerai à un de ces hommes que je bafoue. Je vieillirai ; je serai heureuse, d’un bonheur tellement humain que je voudrais mourir plutôt que de le posséder. Et puis, la lueur s’en ira… la lueur divine… mon âme se taira… un peu… tout à fait… ah, vous l’avez tuée, hommes méchants! Vous la tuerez ! Ah, l’indifférence !! Ah, si jamais je devenais indifférente ! Si la lueur partait…! Si tout m’était égal, hors la couleur du nœud de mon chapeau ! Si jamais il vient un temps où les choses les plus importantes seront pour moi la toilette, les plaisirs, les hommages.. Dieu !Ah mon journal, mon journal, je sais pourquoi je t’écris et te garde. Chacune de tes feuilles contient un peu de cette lueur divine, qui éclaire ma nuit par instants. Et mon cour ne s’endurcira pas assez pour que, quand je serai vieillie, la lecture de ces moments bénis me rappelle, tout au fond de moi, la larme chérie qui y dormira peut-être…
Catherine Pozzi – journal de jeunesse
25 janvier 2026
Sous couvert d'hibernation je laisse la flemme m'envahir... elle est ouateuse à souhait... a l'odeur de violette... et les couleurs pastels...
C.D - journal de mes petits riens

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