13 janvier

Edmond de Goncourt journal 

Oh, mais ceci n’est pas, comme je le dis toujours en m’adressant des excuses à moi-même, le premier jour de l’année. C’est le treizième, et je traverse une de ces lassitudes, un de ces retraits de vie où je ne peux même pas hisser un mot par-dessus le mur. Grands dieux, quel poids à soulever que ces Vagues, pour que j’en ressente encore la fatigue !
Puis-je encore compter sur vingt années de vie ?
J’aurai cinquante ans le 25, c’est-à-dire le lundi en huit ; quelquefois il me semble avoir déjà vécu deux cent cinquante ans ; et à d’autres moments, je me crois encore la personne la plus jeune de l’autobus. (Nessa me dit qu’elle continue à le penser chaque fois qu’elle s’y assied.) Et je voudrais écrire encore quatre romans dans le genre des Vagues et Un coup à la porte’, et puis passer à travers la littérature anglaise comme un fil dans du beurre, ou plutôt comme un industrieux insecte rongeant son chemin de livre en livre, de Chaucer à Lawrence. C’est ce qu’on peut appeler un programme si l’on considère ma lenteur, et combien je deviens de plus en plus lente, de plus en plus compacte, et supportant de moins en moins l’élan et la hâte, de quoi remplir mes vingt années si je les ai.

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