6 janvier.(1922)
Premier quartier de la lune. Jour de fête . L’arbre de Noël est dépouillé.
J’ai eu une très mauvaise nuit, sans m’endormir assez profondément pour rêver. Le matin, tout était blanc, tout était voilé, froid et la neige continuait à tomber. Pendant que j’attendais dans ma chambre, j’ai observé les efforts inouïs d’un petit oiseau pour picorer, en perçant la glace, et pour atteindre la chair délicieuse de la noix. Il y est parvenu.
Mais à quoi bon lutter ainsi?
Aujourd’hui, mon cœur ne cesse de me faire mal. C’est le froid. Je sens qu’il est congestionné et je suis mal à l’aise, ou plutôt c’est mon corps qui l’est – sensation dégoûtante. Je tousse.
J’ai lu Shakespeare, j’ai lu Cosmic Anatomy, j’ai lu le Dictionnaire d’Oxford. J’ai écrit. Mais tout cela insuffisamment.
Cette après-midi W. est venu prendre le thé. Je soupçonne qu’il est timide, craintif et d’une bonté profonde. Enfouie sous toute cette énorme substance se cache la graine. Ce n’est pas de la sentimentalité de le croire. En partant, il m’a souhaité du soleil. J’ai senti que son vœu avait de la puissance et que c’était une bénédiction. On ne peut pas faire erreur quant à ces choses-là…
J. est revenu après sa course en skis, extraordinairement beau – superbe spectacle, rien de moins. Je n’ai jamais vu un être plus splendide…
J’ai mis ma bague au doigt du milieu pour qu’elle me rappelle de ne pas m’abandonner à une telle bassesse.
Nous verrons bien… Pas de lettres. Tableau d’Anna
Wong. Cela demande une histoire.Katherine Mansfield –journal
6 janvier.(1892)
Je remarque cette différence entre l’intelligence et l’esprit:
que l’intelligence est par sa nature, égoïste, tandis que l’esprit suppose l’intelligence de celui à qui il s’adresse. D’où
ceci : l’intelligence explique (Taine, Bourget ; etc.) ; l’esprit raconte seulement (XVIIIe s.).
Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’intelligence suffit pour bien écouter.André Gide – journal
6 janvier 2026
Ce paysage enneigé, si rare en cette ville, me fascine... je reste, de mon bureau, scotchée derrière la vitre à épier le moindre mouvement, le moindre changement... et aussi... je trie ... je relis des textes oubliés ... cela me procure des émotions diverses... la surprise... le rire... la larme au coin de l’œil... perspective d'une journée seule mais d'une journée très habitée...
C.D - journal de mes petits riens

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