5 janvier 1912
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Quand on semble définitivement décidé à rester chez soi pour la soirée, quand on a mis un veston d’intérieur, quand on est assis après le dîner à la table éclairée, qu’on s’est proposé tel travail ou tel jeu qui précède habituellement le moment d’aller se coucher, quand il fait dehors un temps désagréable qui justifie tout naturellement le fait de rester chez soi, quand on est déjà resté si longtemps immobile à la table que partir maintenant provoquerait non seulement la colère paternelle, mais encore la stupéfaction générale, quand de plus l’escalier est déjà sombre et que la porte de la rue est fermée et quand, en dépit de tout cela, on se lève, mû par un malaise soudain, qu’on change de veste, qu’on apparaît sur-le-champ en costume de ville, qu’on déclare être obligé de sortir, qu’on croit laisser derrière soi une colère plus ou moins grande selon la vitesse avec laquelle on claque la porte de l’appartement pour couper court à une discussion générale sur votre départ, quand on se retrouve dans la rue avec des membres qui récompensent par une mobilité particulière cette liberté qu’on leur a procurée et qu’ils n’attendaient déjà plus, quand on sent s’éveiller en soi toutes les capacités de décision grâce à cette décision unique, quand on constate, en donnant à cela une portée plus grande que la portée ordinaire, que c’est moins le besoin que la force qui vous pousse à produire et à supporter facilement la plus rapide des transformations, que, laissé à soi-même, on se développe dans l’intelligence et le calme tout autant que dans le fait d’en jouir, alors, on est pour ce soir-là si entièrement sorti de sa famille qu’on ne le serait pas de façon plus convaincante par les voyages les plus lointains, et l’on a vécu une aventure qui, en raison de l’extrême degré de solitude qu’elle représente pour l’Europe, ne peut être qualifiée que de russe. Tout cela est encore accru si, à cette heure tardive de la soirée, on va rendre visite à un ami pour voir comment il va.
[…]
Franz Kafka – journal
Dimanche 5 janvier 1936
J’ai encore consacré une matinée à ce vieux labeur.
J’ai l’impression que j’ai réussi à dire ce que je voulais, et que tout travail supplémentaire engendrerait de la confusion. Ce travail-là doit être uniquement consacré à mettre en ordre et polir. Il doit en être ainsi, puisque je me sens si calme. Je suis bien. Tout est fait. Je voudrais m’aventurer sur d’autres chemins. Que ce soit bon ou mauvais, je n’en sais rien. Et ma tête est en repos aujourd’hui, apaisée par la lecture du Trompette-Major’, hier soir, et par une promenade en auto pour voir les inondations. Les nuages étaient de l’extraordinaire couleur qu’ont les ailes des oiseaux tropicaux, un violet impur. Et les lacs les reflétaient et il y avait des vols de pluviers noir et blanc et toutes les lignes étaient d’un tracé très pur, et les couleurs subtiles. J’ai merveilleusement dormi.Virginia Woolf – journal d’un écrivain
5 janvier 2026
Il neige !... de vrais flocons qui pointillisent le paysage... la terrasse se couvre... et la chaise longue... et les plantes... lesquelles vont résister ? ... je crains pour le laurier-rose... les bruits commencent à s'effacer... et l'odeur? ... l'odeur de la neige blanche... de la neige qui descend du ciel... de la neige froide... qui transforme la ville... une ville sous la neige qui ressemble à une autre ville sous la neige... la neige devient un uniforme éphémère
C.D - journal de mes petits riens

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