5 novembre 1977
Après-midi triste. Brève course. Chez le pâtissier (futilité) j’achète un financier. Servant une cliente, la petite serveuse dit Voilà. C’était le mot que je disais en apportant quelque chose à maman quand je la soignais. Une fois, vers la fin, à demi inconsciente, elle répéta en écho Voilà. Je suis là, mot que nous nous sommes dit l’un à l’autre toute la vie).
Ce mot de la serveuse me fait venir les larmes aux yeux. Je pleure longtemps (rentré dans l’appartement insonore).
Ainsi puis-je cerner mon deuil.
Il n’est pas directement dans la solitude, l’empirique, etc. ; j’ai là une sorte d’aise, de maîtrise qui doit faire croire aux gens que j’ai moins de peine qu’ils n’auraient pensé. Il est là où se redéchire la relation d’amour, le « nous nous aimions». Point le plus brûlant au point le plus abstrait…Roland Barthes – journal de deuil
Jeudi 5 novembre 1936
Le miracle s’est accompli. Leonard a reposé le dernier feuillet vers minuit, hier. Il ne pouvait parler. Il était en larmes. Il dit que c’est un livre absolument remarquable. Il le préfère aux Vagues, et pour lui, il ne fait pas l’ombre d’un doute que cela doit être publié.
Moi qui fus témoin de son émotion, et qui l’ai vu absorbé dans sa lecture, car il n’arrêtait pas de lire, je ne puis mettre son opinion en doute. Quelle est la mienne ? En tout cas, ce fut un moment de soulagement divin. Je ne sais pas encore très bien si je me tiens sur mes pieds ou sur la tête, tant le revirement de situation depuis mardi matin est étonnant. Je n’ai encore jamais vécu pareille expérience.Virginia Woolf – journal d’un écrivain
5 novembre 2025
J'ai retrouvé une courte nouvelle que j'avais écrite il y a une dizaine d'années. Je l'ai lue avec beaucoup de curiosité, ne me rappelant pas l'avoir écrite. Sentiments étranges, mêlant alternativement l'incrédulité (c'est moi qui ai écrit ça?) et le soulagement (c'est intéressant et l'écriture est fluide!). Sorties du contexte dans lequel je les écris, ces nouvelles (j'en ai relu d'autres à la suite de cette lecture) me paraissent étrangères
C.D - journal de mes petits riens

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