3 janvier 1988
Je viens de voir la rétrospective Frank Stella (sa deuxième) au MOMA
Quelques observations :
[…]
Le choix des combinaisons de couleurs semble délibérément « mauvais Comme s’il lui était nécessaire d’être « mauvais » pour faire du « neuf ». L’application brouillonne de la peinture, les horribles combinaisons de couleurs semblent constituer une nouvelle tentative pour surpasser l’expressionnisme abstrait.
Pour prouver qu’il peut le faire.
Pour prouver que peu importe que les marques sur la toile n’aient
aucun sens et que le choix des couleurs soit aléatoire.
Pour prouver qu’à ce stade, il s’intéresse davantage au travail conceptuel que tactile. Il assemble tous les « bons» éléments avec toutes les « mauvaises » parties et triomphe grâce aux dimensions à la force du marché, et à la « laideur » de l’œuvre.
Sa « laideur » est la garantie de sa « nouveauté ». Si l’œuvre nous semble laide aujourd’hui, c’est peut-être qu’elle est trop « neuve » et qu’avec le temps nous percevrons sa beauté. Il sait qu’il n’y a plus de « risques » pour lui et donc il essaie d’en créer.
C’est vraiment du gribouillage. Comparé à Tobey, Pollock, Warhol, De Kooning, tous les peintres, tous… c’est « mauvais ». Des couleurs mal choisies. Des gestes dénués d’inspiration. La différence se voit immédiatement. Il n’est pas idiot. C’est forcément délibéré.
Mais quel est le sens de tout ça? De cette alliance de peinture brillante et de combinaisons de couleurs boueuses, dignes des rosaces que font les enfants à l’école… et tout cela exprès ?
Techniquement c’est bien réalisé, et la réalisation semble coûteuse.
Dimensions monumentales, matériaux coûteux.
Des gribouillis particulièrement malhabiles. Les derniers Dubuffet sont le comble de l’élégance à côté.
Mais pourquoi? Pour prouver quelque chose? Pour répéter le même jeu ? Pour se moquer du monde de l’art qui le vénère ?
Un coup bien programmé ? En vérité, « coup » semble bien être le terme parfait.
C’est un « coup » parce qu’il suit toutes les règles qu’il faut et qu’il transgresse toutes les règles qu’il faut. Ses choix sont sages et prémédités.
Et même peut-être profonds.
[…]
Keith Haring – journal
Samedi 3 janvier 1959.
Comme d’habitude après une heure passée à creuser avec le Dr. B., c’était comme si j’avais regardé ou joué dans une tragédie grecque : un sentiment de purification et d’épuisement. Si seulement je pouvais garder fraîches à l’esprit ces révélations telles quelles. Soulagée qu’elle ait suggéré cinq dollars par heure.
C’est suffisant, considérable pour moi. Mais pas exorbitant au point d’être une punition. Bref sentiment de panique à l’idée qu’elle refuserait de me prendre ou m’adresserait à quelqu’un d’autre.
Toute ma vie j’ai été «lâchée» émotionnellement par les gens que j’aimais le plus : Papa qui meurt et me quitte, ma Mère qui, d’une certaine façon, n’est pas là. Si bien que pour les autres gens que j’aime, je vois dans le moindre incident, un retard par exemple, un contenu émotionnel de froideur, le signe que je n’ai pas d’importance à leurs yeux.
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C’est une noble tragédie, implacable et sanglante, qui se rejoue sans cesse derrière la façade ensoleillée de nos rituels quotidiens, naissance, mariage et mort, derrière les parents et les écoles, les lits, les tables couvertes de nourriture : tragédie aux ombres meurtrières, sombres et cruelles, démons bestiaux, désirs ardents.
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Sylvia Plath – journaux
3 janvier 2026
Ce matin, la neige... juste un voile qui recouvre la moindre surface plane... ça rend le jour lumineux... d'autant plus que le ciel est sans tache... et ce soir un anniversaire... cette journée est épatante !
C.D - journal de mes petits riens