Lundi 10 février 1986.
A 7 h 30, la voiture de Mattel est venue pour m’emmener au Pier 92, sur la 12° Avenue à hauteur de la 55°, où se tient la grande exposition de poupées Barbie de Billy Boy, et ils s’apprêtaient à dévoiler mon portrait mais il est tellement moche, je ne l’aime pas. Barbie (rire) a un problème. La Barbie des années 50 avait la bouche plus fermée et de belles lèvres sensuelles, mais la Barbie des années 80 sourit. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont fait sourire. Barbie ne m’a jamais branché parce qu’elle est trop malingre. On m’a dit que les Arabes venaient de commander une Barbie plus en chair. Fred m’a dit que j’avais obtenu le portrait grâce à Billy Boy. Je crois qu’il a demandé à Billy Boy de le suggérer à Mattel. Il faudra que Fred me donne le fin mot de l’histoire, parce que première nouvelle. Je ne savais pas que ça s’était passé comme ça. Je suppose que Billy Boy a un tas de trucs géniaux des années 60 parce que tous les tableaux dans les vitrines, c’étaient les siens — d’Edie, de moi, les trucs de Vogue et l’affiche de la Vache. Où est-ce qu’il trouve le temps de faire tout ça — collectionner des vieux vêtements de haute couture et créer ses bijoux ? Je crois que Bettina lui apporte beaucoup. Selon Fred, c’est Bettina qui a servi de modèle à la poupée Barbie originale. J’ai discuté une minute avec Mel Odom qui a conçu un tas de trucs de l’exposition, il a beaucoup de talent.
Puis ils ont dévoilé mon portrait, le président de Mattel a dit qu’il brûlait d’envie de le voir, alors je me suis fait tout petit.
Puis je suis reparti pour aller à l’anniversaire de Peter Allen chez Bud, à l’angle de Columbus et de la 77° Rue Liberace est venu, il avait très bonne mine. Les journaux disent qu’il est malade mais il n’en a pas l’air. Il m’a appelé pour que je sois photographié avec lui mais il fait quand même sentir que l’on s’impose.
Andy Warhol – journal
Le /lundi/ 10 février 1919
Le Bois, ouvert sur la nuit.
Couloir d’arbres, réseaux de branchages qui mènent vers le monde, en dehors de la ville ceinte de fortifications naines où poussent le linge sale et les boîtes de conserves.
Mes pas creusent la neige bleue, miroitante comme les grands précipices, et qui étincelle, blessée par mes talons. L’air vif, l’aveuglante épée des phares qui s’entrecroisent sur le mur. Passante romantique, je grelotte dans leur rayon de miel qui ne me réchauffe pas, et devine le fin sourire confortable de la dame aux fourrures soyeuses, qui surveille le jeu, derrière la vitre épaisse de la limousine.
Petite baronne Clauzel, je vous quitte. La main que vous m’ avez tendue, je ne l’ai pas baisée, une folle pudeur subite m’empêcha de confirmer par ce geste le légendes dont s’ auréolent inconsciemment mes cheveux courts, mon tailleur couleur de taillis, et mes guêtres de cuir. Vous valez mieux qu’un jeu, qu’un scandale. Je ne veux pas vous effaroucher et c’est pourquoi j’ai démenti avec cette colère, cette vigueur strictement consacrée à la vérité, les insinuations dont vous enjoliviez la vieille, vieille, familiale amitié d’Hélène Berthelot et de Mireille Havet. Je n’aime pas qu’on croie que nous couchons ensemble, et je ne veux pas que notre sagesse soit suspectée.
«Si ce n’est elle – avez-vous dit, Petite Madame – serait-ce Natalie [Barney]?», et j’ai bondi , à nouveau contradictoire et indignée. Mon Dieu, cela se voit donc sur mon visage, que je ne peux avoir et n’aimer… qu’une femme! […]
Mireille Havet – journal
10 février 2026
Changer de lieu c'est aussi changer d'arbres... plus les tilleuls au réveil mais les platanes... plus hauts avec leurs grosses branches marbrées qui vont chercher la lumière... ils paraissent tourmentés... le tilleul à côté semble plus posé, plus raisonnable... à la floraison le tilleul embaume tout le quartier... le platane, lui, a le parfum de mon enfance...
C.D - journal de mes petits riens