26 novembre. (1860)
— J’écris à M. Lamey :
« Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme
dans un moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se
rouille, et tout s’arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre
excellent régime vous entretient dans cette bonne disposition ; moi, il me
faut exercice et travail. […]—J’écris sous la même inspiration à Mme Sand :
« Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient
dans l’intelligence certains ressorts, rendent singulièrement lourds ceux
qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au
perfectionnement de notre esprit par le fait de l’âge ; je parle d’un bon
esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition cruelle de
l’implacable nature ! il n’y a bientôt plus ni corps, ni circulation dans ce
corps pour aider cet esprit ; l’homme de bien s’en va quand il commence
à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà hors d’affaire avec un
renouvellement de santé. Quel bonheur, comme vous le dites si
justement, de revoir autour de soi tout ce qu’on aime et de revenir à cette
lumière qui vous montre de si belles choses ! Que trouverons-nous au
delà ? La nuit, l’affreuse nuit. Il n’y aura pas mieux ; c’est du moins mon
triste pressentiment : ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n’était
plus qu’une ombre, se promenait en regrettant, non pas de n’être plus un
héros, mais l’esclave d’un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous
ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut
pas). »Eugène Delacroix – journal
26 novembre 1932
[…]
Henry ne comprend pas à quel point j’ai regretté, à l’âge de onze ans, la vie brillante dont m’avait privée le départ de mon père. Comment avais-je pu être aussi consciente de la valeur de cette vie? Pourquoi m’y suis-je accrochée si obstinément (des pages entières de regrets et d’envie dans les premiers cahiers de mon journal) ?
Chez l’enfant, la prise de conscience est affaire d’intuition; elle ne repose pas sur les faits. Je n’avais jamais assisté à la vie et aux conversations brillantes de mon père – pas plus que je n’avais entendu les blasphèmes et les obscénités dont se plaignait ma mère par la suite; mais il m’avait suffi de saisir une expression sur le visage de mon père au moment où il passait devant moi avant de quitter la maison ou d’aller dans son bureau – ce visage si éveillé, si vivant, si vif ; il m’avait suffi de sentir l’odeur des murs couverts de livres, d’avoir entendu de loin l’écho de la musique et des conversations animées – pour créer une atmosphère que j’ai cherché ardemment à retrouver depuis lors – une atmosphère de dureté, une atmosphère substantielle ( substance intellectuelle, morale, artistique) qui fut perdue dans le désert spirituel américain avec ma mère et mon frère, perdue aussi dans un mariage sans éclat, une atmosphère recherchée dans mon combat avec John et trouvée avec Henry, à Clichy[…]
Anaïs Nin – journal de l’amour
26 novembre 2025
Il fait beau, ce qui veut dire qu'il est temps de rempoter l'érable pour que ses racines s'épanouissent pendant l'hiver, et de tailler les lauriers roses pour leur assurer une belle floraison à la sortie de cet hiver...
Une grande règle du jardinier, pour moi, c'est la paresse, écrit Gaspard Koenig...
C.D - journal de mes petits riens

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