Lundi 13 novembre 1893
C’est vraiment curieux, combien ce bon Bauër manque d’idées personnelles, et l’infiltration qu’il y a en ce moment, dans sa critique, de la pensée et des dires de Lorrain. L’étude de ce matin qu’il fait de la peintresse aux tableaux qui ressemblent à des Gozzoli fabriqués à Sainte-Anne, c’est un retapage de la glorification de la peintresse Jacquemin inventée par notre ami . Et personne ne pourrait décrire le gaudissement que le gros enfant — c’est l’expression de Lorrain — éprouve ces temps-ci à avoir en tête de sa loge, dans les théâtres, ladite peintresse et une amie qui a les yeux vert poireau, devanture qui le fait dans le fond ronronner et se cramoisir d’orgueil.Edmond et Jules de Goncourt– journal (mémoires de la vie littéraire )
13 novembre.1921
Il est temps que je commence un nouveau journal.
Viens, mon Invisible, mon Inconnu, causons ensemble.
Oui, voilà deux semaines que je n’ai presque rien écrit.
J’ai flâné ; j’ai échoué. Pourquoi ? Pour bien des raisons. Une espèce de confusion règne dans mes états de conscience. Il me semblait que le temps me manquait pour écrire. Mes matinées sont prises, s’il fait beau, par la cure de soleil ; le courrier dévore les après-midi. Et, le soir, je suis lasse.
« Mais tout cela descend plus profond. » Oui, tu as raison. Je n’ai pas pu me livrer au genre de contemplation nécessaire. Mon cœur, je l’ai senti. n’était ni pur, ni humble, ni bon. La vase du fond a été remuée. Je regarde les montagnes et ce ne sont que des montagnes que je vois. Sois franche! Tu lis des choses ineptes. Je me dérobe quand il faut écrire des lettres. Je veux dire que je refuse de faire face à mes obligations et, naturellement, cette lâcheté m’affaiblit de toutes les façons. Et puis, je n’ai pas tenu ma promesse de faire la critique des livres pour la Nation. Encore une tache suspecte. Plus de maitrise de soi ? Oui, c’est bien cela – je me dissipe, je suis dans le vague, je ne suis pas positive, et surtout, par-dessus tout, je ne travaille pas comme je le devrais – je perds mon temps.
Je perds mon temps. Ce cri d’autrefois – le premier cri et le dernier: « Pourquoi donc t’attardes-tu ? » Ah, certes, pourquoi? Mon plus profond désir, c’est d’être un écrivain, c’est d’avoir fait « une œuvre ». Et le travail est là, les histoires m’attendent, se fatiguent, se flétrissent, se fanent, parce que je ne veux pas venir…
[…]Katherine Mansfield – journal
13 novembre 2025
Hier je suis revenue avec le panier chargé de nouveaux journaux intimes... aujourd'hui je découvre, je fouille, je vais aux dates qui me sont essentielles...
C.D - journal de mes petits riens

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