4 novembre 1978.
… Bien qu’ayant eu l’intention de travailler à Bellefleur très tôt ce matin, je ne l’ai pas fait, inexplicablement… et maintenant, en ce moment précis, il est 18 h 30, il fait nuit noire et je n’ai rien fait;
ou presque rien; et ma foi… Beaucoup de choses se passent, ailleurs. Je suppose que je vais quitter Vanguard. Est-ce que j’en éprouve du regret? – un sentiment de malaise ? – de culpabilité ? Oui, sans aucun doute. Mais pourquoi, je ne le sais pas vraiment. Vanguard a bel et bien rejeté mon dernier roman, de façon indirecte et élégante. The Evening and the Morning était trop « expérimental» pour eux. Oui. Il ne me restait donc qu’à le mettre au rancart ; ou à le donner à John Martin. Et puis ce nouveau contrat, avec ses conditions minimales, mesquines, exactement celles proposées (et acceptées) il y a cinq ans… ne tenant pas compte de l’inflation, de mon évolution (apparente) ni même d’honneurs publics aussi évidents que mon élection à l’American Academy and Institute. En étant si pingre, si soucieux de ses intérêts économiques, Vanguard a parié et perdu… car je pense que je vais aller chez Dutton,Joyce Carol Oates – journal
Vendredi 4 novembre 1988
Il ne pleut plus en Normandie. C’est un petit scandale. Depuis dix jours, pas une goutte. Un froid perçant, la nuit. Le jour, un grand ciel bleu, d’abord sur des couleurs d’été finissant, mais déjà les premières gelées trop brusques ont tout saisi : dans le jardin, les dernières roses sont rouillées, fripées. Les zinnias éclatants se sont ternis, puis ont disparu d’un seul coup. Seuls quelques maigres mufliers résistent. Partout les feuilles sont tombées. Novembre cette année ne sera pas d’automne. Qu’importe. J’aime aussi l’hiver.
Le matin, en buvant mon café, je vois l’herbe gelée, cette buée de blancheur vive qui donne envie de créer, d’avancer. Je ne sais pas si ce sera pour moi la mallarméenne saison de l’art lucide. Depuis longtemps, et plus encore avec ce Journal, l’écriture m’est devenue quotidienne. Sa rédaction me permet de varier mon registre, et d’être un peu plus près, comme écrivain, de ce que je suis dans la réalité. Je voudrais également que ce Journal me permette plus d’éloignement encore par rapport au cercle satisfait du monde littéraire.Philippe Delerm – journal d’un homme heureux
4 novembre 2025
De la fenêtre de cette chambre qui n'est pas la mienne, ce sont les platanes qui flamboient au soleil, le long d'une avenue qui fonce vers moi et se détourne au dernier moment. Au premier étage, à la fois je surplombe et je suis proche d'une circulation très clairsemée. Depuis ces fenêtres à double vitrage qui font barrière aux bruits extérieur, le spectacle est apaisant et je suis apaisée...
C.D - journal de mes petits riens

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