2 novembre 1936
Jours sombres. Tout le monde est démoralisé, anxieux.
Eduardo obsédé par Feri. Hugh, brusquement jaloux de Henry, essaie de retrouver des traces de moi dans Printemps noir.
Helba, tel un animal blessé – pleurant sans arrêt. Gonzalo, morose et tourmenté par un nouveau dilemme. S’il se rendait au Pérou, il pourrait toucher l’héritage de sa mère, ce qui résoudrait leurs problèmes d’argent. Il souffre de dépendre de notre aide. Il me dit qu’il a vécu jusqu’ici comme un irresponsable, que sa fierté s’est réveillée, qu’il remet en question les valeurs pour lesquelles il vivait, et que c’en est fini de sa vie en retrait. (Répétition exacte d’une des premières phrases de Henry : «J’ai vécu en irresponsable.») Mais qu’allons-nous faire? Il ne supporte pas l’idée de me quitter pendant trois mois. Je ne supporterai pas non plus qu’il parte.
Jusqu’à présent, Gonzalo n’était pas entré profondément en moi, dans mon corps, il n’avait pas touché les cordes de l’instinct. Mais hier, l’idée même de son départ m’était tellement Intolérable que j’ai pris pleinement conscience du lien qui nous unit […]Anaïs Nin – journal de l’amour
62 ans, 23 jours
Samedi 2 novembre 1985
Pour cause d’épaule déglinguée par l’arthrose, Etienne a renoncé au tir à l’arc depuis quelques années. Il y excellait. Il ne le pratiquait pas comme un sport de compétition mais seul dans sa grange.
Je m’y retrouvais, dit-il. Ça te manque ? Oui et non.
Il m’explique que, s’il ne peut plus faire le geste de tendre l’arc, il éprouve toujours la sensation de la visée. Viser juste : une brève conviction de l’exactitude. Ce pain de sel, par exemple, dit-il, si j’avais un arc, je ne le raterais pas. Et de me montrer, dans la clairière que nous côtoyons, un cube de sel blanc accroché à un hêtre pour attirer les chevreuils. L’arbre est à vingt-sept pas, précise-t-il. Je vérifie : vingt-sept pas, bel et bien. Dans sa grange, la précision de son geste était devenue telle qu’Étienne tirait aussi les yeux fermés. Sa position face à la cible, l’angle que son bras faisait avec son buste, l’évaluation de la tension de la corde par la pulpe de ses doigts communiquée à quantité de muscles qu’il pouvait dénombrer, sa respiration suspendue au bon moment, le vide de son esprit où ne survivait que l’image mentale de la cible, et bon nombre d’autres paramètres – dont l’indifférence au résultat en tant que prouesse -, concouraient à la visée proprement dite. Et, quand tout cela était réuni (c’était rare, dit-il), je lâchais la corde avec la certitude que ma flèche allait dans le mille. Et elle Y allait […]Daniel Pennac – journal d’un corps
2 novembre 2025
Petit retour sur un livre - Balak de Chawki Amari - gourmandise exquise concoctée à partir du thème du hasard. Et, cerise sur le gâteau, mon neurone reprend vie à la lecture de ce roman.
C.D journal de mes petits riens

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