
MES MEILLEURS VŒUX POUR QUE VOUS PASSIEZ
Mardi 31 décembre 1941, 10 heures du matin.
Les réveils à Deventer, c’était cela: j’entrais, tout en angles vifs et en lignes nettes, dans le matin glacial. Quelques notes, sans autre but que de me tenir compagnie à moi-même un petit moment, à la lumière de ma fidèle lampe.
Quelques affaires de ce bas monde. Ce qui me convient le mieux, c’est de me lever de bonne heure. Et cette toilette à l’eau froide continue à me paraître une forme d’héroïsme. Au fond j’éclate de santé, l’essentiel chez moi c’est l’équilibre psychique, le reste suit automatiquement.
Petit déjeuner rehaussé d’une cuisse de poulet. Chère mamynka, qui converti[…]
Etty Hillesum- une vie bouleversée
Lundi 31 décembre 1979.
J’ai décidé de me faciliter la vie, d’aller uniquement au réveillon de Halston.
J’ai fait des paquets-cadeaux pour Jade. J’y suis allé à 10 heures. Il y avait peu de monde, smoking. Bob Denison et Jane Holzer étaient là, j’imagine qu’ils se sont réconciliés. Nancy North et Bill Dugan. Victor a appelé de Californie pour dire qu’il s’amusait bien là-bas. Quand la nouvelle année est arrivée nous nous sommes embrassés, et nous avons dîné. Le Dr Giller était là. C’était vraiment sympa. Jade a adoré tous les cadeaux que je lui avais apportés. Steve Rubell était là. A 3 heures, Bianca voulait aller à la soirée de Woody Allen à Harkness House, sur la 75°. John Samuels avait une voiture, il s’est garé en double file.
La fête de Woody était parfaite, des gens célèbres au coude à coude, on aurait dû y aller plus tôt. Mia Farrow est vraiment charmante, elle est tellement belle ! Bobby De Niro était là, il est franchement gros. Vraiment gros. Je sais qu’il a grossi pour son film sur la boxe, ce serait drôle s’il n’arrivait jamais à reperdre ces kilos. Il est carrément laid. Il doit être fou, parce qu’il a vraiment grossi.
Mick est venu avec Jerry, Bianca a accouru, elle était délicieuse. Je ne sais pas comment elle a fait mais elle a encaissé, elle a cassé la glace, ils ont parlé pendant une demi-heure. Elle voulait énerver Jerry, elle a réussi. Mick a rasé sa barbe, il était vraiment bien.
[…]Andy Warhol – journal
31 décembre 2025
C'est la fin de l'année certes... mais pas la fin des cauchemars qui l'ont accompagnée... Ce soir on fera un break... ici... peut être ailleurs ?
C.D - journal de mes petits riens
30 décembre (1911)
Mon goût pour l’imitation n’a rien de ce qui fait le comédien, il lui manque avant tout la continuité. Je suis incapable d’imiter dans toute leur ampleur les types grossiers, les tentatives que j’ai faites dans ce sens ont toujours échoué, elles sont opposées à ma nature. En revanche, j’ai un goût prononcé pour l’imitation des détails dans le grossier, quelque chose me pousse à imiter les manipulations auxquelles certaines personnes se livrent avec leur canne, la position de leurs mains, les mouvements de leurs doigts, et je le fais sans effort. Mais c’est précisément cette facilité, cette soif d’imitation qui m’éloigne de l’acteur, parce que cette aisance trouve sa contrepartie en ceci, que personne ne remarque que j’imite. Seule ma propre approbation, que je me l’accorde avec satisfaction ou, comme c’est le plus souvent le cas, de mauvaise grâce, me montre ma réussite. Mais l’imitation intérieure va bien plus loin encore que l’imitation extérieure, elle est parfois si convaincante, si puissante, qu’il ne reste plus aucune place en moi d’où je puisse observer et constater l’imitation, de sorte que je ne la trouve plus que dans mon souvenir.[…]Franz Kafka – journal
Mercredi soir, 30 décembre ( 1896]
Je vais vous dire quelque chose d’invraisemblable et qui, pourtant, va arriver : je vais ce soir à l’Opéra-comique entendre Don Juan !!! Aimable lecteur (c’est sans doute à moi-même que je m’adresse, car personne d’autre ne lira ces pages ; cependant, pour rendre ma phrase plus élégante, je dis : « aimable lecteur»), ne trouvez-vous pas cela renversant??? Moi, Catherine, aller au théâtre le soir ! Veiller plus tard que minuit !! Cela ne m’est pas souvent arrivé, c’est pourquoi j’ai une «frousse » atroce : la frousse de baisser doucement ma paupière et de partir pour le pays des songes au moment le plus palpitant. Cependant, Maman m’a promis de me pincer, si je m’oubliais à ce point. Allons, Catherine ! Courage, ma vieille typesse ! Sois digne de ton nom, honoré par tant de redoutables collégiens ! Allons, distinguons-nous. C’est la première fois que je sors le soir, il faut s’y préparer par une douche d’eau froide sur la figure, et un rien de vin blanc à dessert, ce soir. Courage, donc ! Surtout, restons éveillée, quand même je devrais attacher mes paupières en haut avec de petites ficelles !!!!!Catherine Pozzi – journal de jeunesse
30 décembre 2025
Mes acouphènes ne sont pas les bienvenus... ils sont le chant des cigales... avec un froid pareil ils prennent des risques... et qui sait ?... mes oreilles peut-être aussi...?
C.D - journal de mes petits riens
Dimanche 29 décembre (1935)
Je viens tout juste d’écrire les derniers mots d’Années. Cela filait, filait, bien que nous ne fussions que dimanche ; je m’étais accordé jusqu’à mercredi. Et je n’ai pas mes palpitations habituelles. Mais aussi, je souhaitais que cela se terminât dans le calme. Un ouvrage de prose. Est-ce bon ? Voilà ce qu’il ne m’est pas possible de dire. Est-ce que l’ensemble se tient ? Est-ce qu’une partie en supporte une autre ? Puis-je me flatter que c’est bien équilibré, que cela forme un tout ? En tout cas, il reste encore beaucoup de choses à faire. Il me faut encore condenser et préciser. Donner aux pauses leur valeur, et veiller aux répétitions, au déroulement. Dans cette version, le livre atteint sept cent quatre-vingt-dix-sept pages. Disons deux cents mots chacune (mais c’est voir grand), ce qui ramène grosso modo à cent cinquante-sept mille, disons cent quarante mille mots. Oui, cela demande à être affûté. Cela demande des coupures hardies, des accentuations. Cela va me prendre encore… encore je ne sais combien de temps. Et je dois, dans mon subconscient, sevrer définitivement mon esprit de ce roman, et préparer un autre terrain de création ; sinon, je sombrerai dans le plus amer désespoir. Que c’est étrange de se dire que tout cela va s’effacer et qu’une autre chose va prendre sa place […]
Virginia Woolf – journal d’un écrivain
29 décembre. (1856)
Voltaire invité, dans une réunion d’amis, à raconter une histoire de voleur, dit : « Messieurs, il était une fois un fermier général… Ma foi, j’ai oublié le reste. »
Il avait un fonds de philosophie et de détachement, et ce n’est pas de cela qu’il faudrait le blâmer.Eugène Delacroix – journal
29 décembre 2025
Une pièce du puzzle s'est immiscée dans mon rêve... celle qui manque bien sûr!
C.D - journal de mes petits riens
28 décembre (1910)
Quand je me suis conduit de façon humaine pendant quelques heures, comme aujourd’hui chez Max et plus tard chez Baum, je suis déjà plein d’orgueil au moment d’aller me coucher.Franz Kafka – journal
28/12/59
… Jusqu’à maintenant j’avais l’impression que les seules personnes que je pouvais connaître en profondeur, ou aimer vraiment, étaient des doubles ou des versions de ma misérable personne. (Mes sentiments intellectuels et sexuels ont toujours été incestueux.)Maintenant je connais + aime quelqu’un qui n’est pas comme moi – c.-à-d. pas une juive, pas une intellectuelle à la new-yorkaise – sans aucun problème dans l’intimité. Je suis toujours consciente de ce que I. a de différent, de l’absence d’un milieu commun – et je vis cela comme un grand soulagement.
Susan Sontag – Renaître
28 décembre 2025
L'effet bénéfique secondaire (l'E.B.S) de la lecture quotidienne du journal (intime) des autres, est que le temps me paraît ralentir...
C.D - journal de mes petits riens
Jeudi 27 décembre (1888)
Discussion à table avec Daudet, où je soutiens qu’un homme qui n’a pas été doué par Dieu du sens pictural pourra, à force d’intelligence, goûter quelques gros côtés perceptibles de la peinture, mais n’en goûtera jamais la beauté intime, la beauté absconse au public, n’aura jamais la joie d’une coloration ; et je lui parlais, à ce propos, de l’eau-forte, de ses noirs, du noir de certaines estampes de Seymour Haden, qui met l’œil dans un état d’ivresse chez l’homme au sens pictural. Et je lui parlais encore de la tendance qu’avaient les gens n’ayant pas reçu ce don du ciel à chercher dans la peinture les côtés sentimentaux, dramatiques, spirituels, littéraires, enfin tout ce qui n’est pas de la peinture et qui ne me parle pas et me fait préférer un hareng saur de Rembrandt au plus grand tableau d’histoire mal peint. Et sur ce qu’il me répondait que cependant, quelques Flamands l’avaient pris par la réalité de leurs peintures ?, je n’ai pu m’empêcher de lui dire qu’il serait aussi bien pris par des peintures de vitriers du temps, qui auraient très mal — mais photographiquement — peint des scènes contemporaines de ce temps.
[…]Edmond et Jules de Goncourt – journal
27 décembre (1920)
[…]
Je viens de sortir dans le jardin. La nuit est étoilée et tiède. Les feuilles du palmier ressemblent à des plumes retombantes ; l’herbe parait douce, irréelle, pareille à de la mousse. On entendait la mer, une petite cloche tintait et on se figurait — était-ce réel, était-ce imaginaire? — saisir tout un corps de sons, entendre tous les préparatifs de la nuit dans la maison. Quelqu’un sortant de la cour obscure, où la clarté de la lampe pose une tache, rapporte des provisions. Le repas du soir se prépare. On casse le charbon de bois, on remue des plats à grand bruit ; sur l’escalier, dans les couloirs, aux portes, un mouvement doux se poursuit. Dans des chambres ténébreuses où les volets sont fermés, les femmes, graves et paisibles, rabattent les draps et regardent s’il y a de l’eau dans les brocs. Les petits enfants sont endormis…[…]
Katherine Mansfield– journal
27 décembre 2025
Le froid persiste et signe... le temps idéal pour faire un puzzle de 1500 pièces... exercice qui réchauffe et démêle les neurones engourdis... mais aussi exercice chronophage et obsessionnel... trier... rassembler... ça me convient pour le passage à la nouvelle année...
C.D - journal de mes petits riens
Vendredi matin, 26 décembre 1958.
Je pars voir le Dr. B. Froid lendemain de Noël. Un bon Noël. Ted dit que c’est parce que j’étais joyeuse. J’ai bien accueilli ma mère, je l’ai taquinée, j’étais ludique. J’ai beau la haïr, il n’y a pas que ça, je… l’aime aussi. Après tout, comme on dit, c’est ma mère. «Elle ne peut être envahissante que si vous êtes envahissable. » Ainsi ma haine et ma peur viennent de ma propre insécurité. C’est-à-dire? Et comment la combattre?
Peur d’avoir fait des choix prématurés qui ferment d’autres possibles. Je n’ai pas eu peur d’épouser Ted parce qu’il est souple, ne m’enfermera pas. Problème : nous voulons tous les deux une année pour écrire. Alors ? Pas d’emplois en plus. Une profession stable qui paie bien : la psychologie ?
Comment élargir mon indépendance ? Ne pas tout lui dire. C’est dur de le voir tout le temps, et ne pas avoir de vie au-dehors.
Peur de n’être plus en phase après avoir vu des gens d’Harvard, sentiment de m’être exclue de la course. […]Sylvia Plath – journaux
26 décembre (1921)
Insomnies prolongées. Jamais je ne me suis senti de pensée si active. Cette nuit, si j’avais eu près de moi un secrétaire, j’aurais dicté un quart de livre. Ma pensée trouve à se formuler beaucoup plus aisément et nettement que naguère. Je crois que je pourrais parler « d’abondance» devant un public dont je sentirais suffisamment la sympathie. Cette nuit j’imaginais une sorte de cours sur Dostoïevski ; conférences coupées de lectures, que j’aurais faites à moi-même, car les acteurs, que l’on choisit pour présenter au public des textes, ne les lisent jamais de manière satisfaisante (même pas J. Copeau, malgré son intelligence et ses dons) ; ils évoquent la scène et non point la réalité ; l’on sent que pour eux le livre aboutit au théâtre et n’est qu’un pis-aller ; ils sont pareils à ces habiles pianistes, à ces mauvais pianistes, qui, au piano, n’ont souci que d’imiter l’orchestre, et vous le font sans cesse regretter. Ils sont pareil à ces livres illustres qui vous font voir les personnages d’un livre, mais pas toujours de la manière qu’on eût voulu. L’art de la scène est une illustration continue ; mais, par contre, l’art de la lecture doit laisser l’imagination de l’auditeur, sinon tout à fait libre, du moins pouvant croire à sa liberté. […]André Gide – journal tome I
26 décembre 2025
Trop occupée pour avoir pris le temps d'écrire en temps voulu...
Je ferai mieux la prochaine fois
C.D - journal de mes petits riens
66 ans, 2 mois, 15 jours
Lundi 25 décembre 1989
Réveillon trop arrosé. Mangé gras. Compulsivement. En parlant et riant beaucoup. Mangé jeune, en somme. Il y avait là Lison, Philippe, Grégoire, et quelques amis. Mona s’était surpassée. Résultat, bouffées de chaleur nocturnes. Vertiges au réveil. La chambre entière tournoyant autour de moi. Surtout couché. Debout, le décor se stabilise.
Mais gare à la brusquerie ! M’asseoir ou me lever trop vite, tourner la tête soudainement relancent aussitôt le manège. Je suis un axe instable autour duquel tourne le monde. Comment s’appelaient ces lourdes toupies métalliques de mon enfance qu’on lançait avec une ficelle et qui tournaient sur une tige de métal elle-même vacillante?Daniel Pennac – journal d’un corps
25 décembre (1992)– La Clusaz
Dans un livre de Danièle Sallenave, retrouvé la justesse d’une notation : «sous le soleil des Zattere qui est le quai le plus mélancolique de Venise, on y accède par le Ponti dei Incurabile c’est tout dire ; là furent relégués jadis ceux dont le visage partait à lambeaux sous le soleil laissant à vif l’arête du nez (…) au temps où l’on devait par décret s’écarter des boiteux.»
À voir, dans les villas vénitiennes (sans doute au bord de la Brenta) la Prospettive Finto.
Ce qui m’intéresse dans ce livre : c’est une «mémoire» : ruines – souvenirs historiques, mythiques (transmis), tableaux, souvenirs d’enfance personnels et une multitude de notations sur les fonctions du corps, sa vieillesse ; ses atteintes, d’où il ressort que l’existence humaine fait partie de ce mouvement qui entraîne les pierres, etc. Écriture très travaillée[…]Annie Ernaux – l’atelier noir
25 décembre 2025
C'est Noël ! Les familles recomposées se décomposent pour se recomposer autrement et ailleurs... et ce qui s'est joué au réveillon se rejoue à quelques nuances près...
C.D - journal de mes petits riens
24 décembre 1979
Calme idyllique, ici. Rien à faire aujourd’hui sinon travailler, et aller faire les courses. La neige a fondu, une journée brumeuse, ruisselante, qui n’évoque pas beaucoup Noël, mais quel calme merveilleux….! Cette solitude. J’ai écrit une lettre à [un collègue de l’université de Windsor] parce que j’y pensais depuis quelques jours; mais mes pensées sont en réalité avec Constantine et «Bobbie Gotteson»; la vitesse avec laquelle le passé s’éloigne est alarmante, mes « années à Windsor » sont déjà si tronquées. Enseigner et jouer doivent se ressembler à cet égard: on peut vivre des moments merveilleux, minute par minute, heure par heure, semestre par semestre ; des moments où tout semble parfait ; et où toutes les personnes concernées (ou presque) partagent ce sentiment: mais ensuite ces moments passent, et on ne peut plus se reposer que sur des souvenirs (ou sur les entrées d’un journal comme celui-ci – mais qui a le temps, pris si profondément dans la passion du jeu et de l’enseignement – les échanges du monde réel — de consigner cette passion ?)… la félicité du moment présent est toujours perdue. (Sauf bien sûr lorsque l’art la rend permanente, ou à peu près permanente.)
Joyce Carol Oates – journal
Vendredi 24 décembre 1976.
Je suis allé avec Jed au repas de Noël organisé par Fred au 1342, Lexington.
Le frère de Jed, Jay […], et sa sœur Susan sont venus nous chercher. Fred avait invité Carroll Baker et elle était venue avec sa fille, Blanche, qui est devenue une vraie beauté ces derniers mois; elle s’est amincie.
Anselmino, l’un de nos négociants italiens, était présent ainsi que Chris Makos, le charmant photographe dont nous avions fait la connaissance grâce à Dotson Rader, et Robert Hayes, le rédacteur en chef adjoint de Interview : c’était un réveillon de travail.
Mick Jagger, présent lui aussi, était de bonne humeur. Il m’a demandé ce que je pensais de Une étoile est née. Je le lui ai dit et il m’a confié qu’il était bien content de l’avoir refusé, qu’il ne voulait pas jouer le rôle d’un chanteur de rock sur le retour, même pour le million qu’on lui avait offert. Mick voulait de la coke et Anselmino a fini par lui en donner. Hazel, la gouvernante de Fred, nous a servi de la dinde, du jambon et des choux de Bruxelles. Paloma Picasso et son entourage étaient de la fête.
Ensuite, on est allés downtown chez Fernando Sanchez : il y avait Halston, Kenny Jay Lane, André Leon Talley et ce richard de gosse anglais débarqué à New York « sans le sou » — on voit le genre — et qui vendait ses faveurs aux enchères. Kenny Lane a offert $ 35. Maxime de la Falaise est montée jusqu’à $36Andy Warhol – journal
24 décembre 2025
Le froid est de retour ... vent d'est et soleil... ça sera le temps pour le réveillon de cette année... la neige est ailleurs, encore un peu...et moi j'ai hâte d'être ce soir...
C.D - journal de mes petits riens
Samedi 23 décembre 1911
[…]
L’un des avantages qu’il y a à tenir un journal, c’est que l’on prend conscience avec une clarté rassurante des changements auxquels on est continuellement soumis, auxquels on croit bien entendu d’une manière générale, que l’on pressent et que l’on avoue, mais que l’on nie toujours inconsciemment plus tard, dès qu’il s’agit de puiser dans un tel aveu des raisons de paix ou d’espoir. Un journal vous fournit des preuves de ce que, même en proie à des états qui vous paraissent aujourd’hui intolérables, on a vécu, regardé autour de soi et noté des observations, de ce que cette main droite, donc, s’est agitée comme maintenant, maintenant que la possibilité d’embrasser d’un seul coup d’œil notre situation d’autrefois nous a rendu plus perspicace, ce qui nous oblige d’autant plus à reconnaître l’intrépidité de nos efforts d’autrefois qui se soutenaient dans cette pure ignorance.
[…]
Franz Kafka – journal
SAN REMO. Samedi 23 décembre.(1876)
Si j’emmenais mon père ? Il y consent, mais avec maman, pour deux jours.
En attendant maman, à qui j’ai télégraphié de venir, je passe quelques heures à la villa Rocca, chez la princesse Eristoff. Ma tante Romanoff, héroïque créature, reste seule à s’ennuyer à l’hôtel. Elle ne veut naturellement pas se mêler aux gens que je fréquente. Mais voyez-vous le rôle que joue cette femme pour mon caprice ?
je l’adore.Marie Bashkirtseff – journal
23 décembre 2025
Ce soir... anniversaire... je vais préparer une tarte Tatin... ça fait bien longtemps que je n'en ai cuisiné... et pour plagier Virginia Woolf parlant du haddock et de la saucisse (dernière phrase de son journal) je dirai que l'on acquiert une certaine maîtrise de la tarte Tatin en la couchant par écrit
C.D - journal de mes petits riens