15 février

15 février 1930

Un soir, Henry était sorti, en me donnant le sentiment, comme cela arrive souvent, qu’il appartenait vraiment à ce monde de la rue, à la foule, à la vie du dehors, et jamais au silence, à lui-même, et à moi.Waldo Frank était venu. J’avais compris à son regard qu’il espérait un rapport plus intime. Je m’étais habillée et parfumée en songeant à cette intimité. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à revoir les faits, consciemment. Je savais qu’il dirait en arrivant: » Laissez-moi venir près de vous.  » Et ce furent
effectivement ses premiers mots. J’avais l’impression que notre
rencontre s’était faite dans un étrange silence, d’une manière muette et
mystérieuse. Il me sembla très naturel, très simple, comme une espèce
de musique, de le laisser m’embrasser et d’enlever mes vêtements. Un
rêve. Aucune sensualité. Aucun désir. Aucune passion. La rencontre de
deux regards, une rencontre aveugle en deçà de la conscience. La
Catalana. Douceur, délicatesse, musicalité. Pas de dissonance. Pas de
tensions.  » Je suis l’enfant qui n’a pas peur »[…]

Anaïs Ninjournal de l’amour 

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