Vendredi 18 décembre 1992
Entendu la chanson «La maison près de la fontaine», aussitôt, « années 70» et le désir donc de la longue durée, de l’évolution (et de ce qui ne change pas) car ces deux sentiments je les saisis presque en même temps très souvent (mais de quelle façon?). Penser au petit seau à charbon rouge d’un matin de Pâques, dans les « loges», c’est quoi? la permanence et le gouffre du temps. Classique, ce n’est pas ça que je veux dire, plutôt la fille qui est avec Damis en 58, je la sens identique, et pourtant, je sais que je n’ai ni les mêmes connaissances ni les mêmes valeurs, que l’avenir a telle forme, différente du mien maintenant, que le monde dans lequel je suis alors est différent (la vie n’est pas un livre, pas un roman, c’est le roman qui fait croire que la vie personnelle peut lui ressembler, le récit en général). Quel est le rapport entre l’image de la permanence (mon désir, mon corps, la sensation de l’air) et la dimension historique (ne pas dire extérieure, elle est aussi intérieure) : je ne sais pas encore le dire, il faudrait que je le découvre en expérience, ce point où le même et l’autre se saisissent.
Autre problème, celui de la «représentation» : représenter la longue durée, ou bien ne pas représenter, chercher les «signes», mais de quoi ici? Problème de combiner la vision juste historique, etc., et l’éviction du romanesque en maintenant l’émotion. Il n’y en a pas chez Proust, c’est ce qui lui nuit par rapport à FlaubertAnnie Ernaux – l’atelier noir
18 décembre 1978
Après avoir relu les idées de ce carnet, je pense que plusieurs d’entre elles correspondent à ce que je ressens aujourd’hui. En particulier cette idée que j’ai évoquée rapidement, mais sur laquelle je ne m’appesantis jamais, cette idée que mes peintures et mes sculptures récentes parlent plus de l’espace que de thèmes picturaux. Les images sont le résultat de mouvements, de la manipulation d’un espace donné.
Par exemple, je m’aperçois que la raison pour laquelle je passe toujours les premières minutes d’un tableau à dessiner un contour autour de la zone que je vais peindre, c’est peut-être parce que je me familiarise ainsi avec les dimensions de la peinture que je suis sur le point de réaliser. J’appréhende physiquement le périmètre entier de l’espace. Après avoir marqué l’espace et créé un contour, des frontières, je suis physiquement conscient de toutes mes limites. J’ai crée mes frontières et mon espace. Je commence alors à travailler une zone et je poursuis à partir de là jusqu’à avoir rempli ou considéré tout l’espace que javais auparavant délimité.
Comme je l’ai dit, c’est une idée qui ne me vient que maintenant, mais cela ne veut pas forcément dire que je n’en étais pas conscient au moment où je créais les peintures. Il sera intéressant de voir si ma prise de conscience aura des conséquences sur ma pratique dans les œuvres à venir.
[…]Keith Haring –journal
18 décembre 2025
C'est une date qui ne m'évoque rien... la plupart des jours de décembre ont un sens pour moi... beaucoup d'anniversaires importants et puis le temps des fêtes... mais pas le 18... hormis le fait que le nombre 18 est le nombre qui me vient à l'esprit quand j'ai besoin d'un nombre pris au hasard...
C.D - Journal de mes petits riens

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