Mercredi 23 octobre 1929
Aussi vrai que je le dis, j’écris pendant une heure seulement, et puis je rentre précipitamment avec l’impression que je ne peux pas astreindre mon cerveau à ce travail une minute de plus. Ensuite je recopie à la machine et j’en ai fini vers midi. Je vais résumer ici mes impressions avant la publication d’Une chambre à soi. Il est à craindre que Morgan ne veuille pas en faire la critique. Ce qui m’incline à penser qu’il y a dans ce livre un accent féminin assez strident que mes amis n’aimeront pas. Je prévois donc que je n’obtiendrai d’eux aucune critique, sinon de la part de Lytton, Roger et Morgan, sur un ton de badinage évasif. La presse se montrera bienveillante et parlera de charme et de vivacité. D’autre part, je serai dénoncée comme féministe et soupçonnée de saphisme. Sybil m’invitera à déjeuner, et les jeunes femmes m’écriront un grand nombre de lettres. Je crains qu’on ne prenne pas mon livre au sérieux. « Mrs. Woolf est un écrivain tellement accompli que tout ce qu’elle écrit se laisse lire avec agrément… cette logique si féminine… un livre à mettre entre les mains des jeunes filles… » Je ne crois pas que cela m’intéressera beaucoup. Les Éphémères, qui seront probablement Les Vagues, vont leur bonhomme de chemin. Et je pourrai me retourner de ce côté, si je suis quelque peu échaudée de l’autre. Ce n’est qu’une bagatelle, dirai-je. En effet. Mais écrite avec ardeur et conviction.[…]
Virginia Woolf –journal d’un écrivain
37 ans, 13 jours
Dimanche 23 octobre 1960
Ce qui se lit d’abord sur nos visages quand nous sommes en société, c’est le désir de faire partie du groupe, l’irrépressible besoin d’en être. On peut certes attribuer cela à l’éducation, au suivisme, à la faiblesse des caractères – c’est la tentation de Tijo -, j’y vois plutôt une réaction archaïque contre l’ontologique solitude, un mouvement réflexe du corps qui s’agrège au corps commun, refuse instinctivement la solitude de l’exil, fût-ce le temps d’une conversation superficielle. Quand je nous observe, tous autant que nous sommes, dans les lieux publics où nous conversons – salons, jardins, brasseries, couloirs, métro, ascenseurs -, c’est cette aptitude à dire oui d’abord qui me frappe dans les mouvements de notre corps. Elle fait de nous une bande d’oiseaux mécaniquement opinant : Oui, oui, font les pigeons qui marchent côte à côte. Contrairement à ce que pense Tijo, cette adhésion de surface n’entame en rien notre quant-à-soi. La pensée critique va suivre, peut-être même est-elle déjà à l’ouvrage, mais, par instinct, nous sacrifions d’abord à la cohésion du groupe avant de nous entre-tuer. C’est en tout cas ce que nous faisons dire à nos corps.Daniel Pennac – journal d’un corps
23 octobre 2025
Aujourd'hui, la tempête qui nous vient de l'océan s'appelle Benjamin. Est-ce la dernière et celle que nous allons préférer comme le fit Jacob avec son dernier fils? Une autre tempête... hier soir j'ai visionné Les filles d'Olfa, film documentaire qui ne m'a pas laissée indemne... nuit agitée
C.D - journal de mes petits riens

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