9 octobre 1911
Si je devais atteindre ma quarantième année, j’épouserais probablement une vieille fille aux dents de devant proéminentes et quelque peu découvertes par la lèvre supérieure. Les incisives supérieures de M » K., qui a visité Paris et Londres, sont déjetées comme des jambes que l’on croise rapidement en pliant les genoux. Mais il y a peu de chances que j’atteigne l’âge de quarante ans, la tension qui s’installe fréquemment dans la moitié gauche de mon crâne, par exemple, parle en faveur du contraire ; je ressens cela comme si je touchais une lèpre interne et, si je me borne a examiner la chose sans tenir compte de ses inconvénients, cela me fait la même impression que la vue des planches représentant des coupes transversales du cerveau dans les livres scolaires; ou bien encore, cela me donne la sensation d’une dissection presque indolore pratiquée sur le corps vivant où le scalpel, qui apporte un peu de fraîcheur, s’arrête souvent et repart ou reste parfois tranquillement posé à plat, continue à disséquer prudemment des membranes minces comme des feuilles, tout près des parties cervicales en plein travailFranz Kafka – journal
Samedi 9 octobre. 1875-
Si j’étais née princesse de Bourbon comme Mme de Longueville, si j’avais pour serviteurs des comtes; pour parents et amis des rois; si, dès les premiers pas dans la vie, je n’avais rencontré que des têtes baissées, que des courtisans empressés, si je n’avais marché que sur des blasons, et dormi que sous des dais royaux, si j’avais toute une suite d’aïeux, les uns plus glorieux, plus fiers que les autres ; si j’avais tout cela, il me semble que je ne serais ni plus fière ni plus arrogante que je ne suis.
Ô mon Dieu, combien je vous bénis! Ces idées qui me viennent de vous me retiendront dans le droit chemin et ne me feront pas un instant quitter des yeux l’étoile lumineuse vers laquelle je marche ?
Je crois qu’en ce moment je ne marche pas du tout.
Mais je marcherai, et pour si peu on ne dérange pas une aussi belle phrase…
Ah ! je suis lasse de mon obscurité ! Je dessèche d’inac-tion, je moisis dans les ténèbres. Le soleil, le soleil, le soleil !…
De quel côté me viendra-t-il? Quand ? où ? com-ment? Je ne veux rien savoir, pourvu qu’il vienne!
Dans mes moments de folie de grandeur, tous les objets me semblent indignes d’être touchés, ma plume se refuse à écrire le nom de tous les jours. Je regarde avec un dédain surnaturel tout ce qui m’entoure et puis je me dis, en soupirant : « Allons, du courage, ce temps n’est qu’un passage qui me conduit où je serai bien. »Marie Bashkirtseff – journal 1873-1877
9 octobre 2025
Je ne peux anticiper l'humeur dans laquelle je serai le 9 octobre. Je n'y suis pas encore tandis que j'écris...
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De bonne humeur... Je vois les couleurs de l'automne qui s'installent sur les tilleuls.
C.D

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